Sophie Deram : « Il faut arrêter de chercher à maigrir, car plus on veut maigrir, plus on grossit. »

Quiconque a vécu au Brésil connaît Sophie Deram qui participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision. Cette Française, star des médias brésiliens, est ingénieure agronome (AgroParisTech), diététicienne-nutritionniste et elle a obtenu un doctorat à la faculté de médecine de l’université de São Paulo dans le département d’endocrinologie (FMUSP). Elle a étudié la nutrition en France, aux États-Unis (où elle a vécu 10 ans) et au Brésil, où elle vit maintenant. Elle forme des professionnels de santé à travailler sans régimes et elle développe des cours par internet pour le grand public et les professionnels de santé. Sophie est également bauloise puisque, jusqu’à très récemment, ses parents, Monsieur et Madame Monnier, tenaient la Pharmacie du Royal, dans le quartier du Casino de La Baule, tandis que son frère dirige également l’agence Paris-La Baule Immobilier.

Dans son dernier livre, elle démontre que toute restriction alimentaire, dans le but de maigrir, est non seulement vouée à l’échec, mais est néfaste pour le corps et l’équilibre. S’appuyant sur les dernières recherches en nutrigénomique (science qui étudie l’interaction entre nos gènes et la nutrition) et en neuroscience, elle propose des règles de diététique simples à mettre en pratique pour se nourrir sereinement, faire la paix avec la nourriture et s’offrir la possibilité de maigrir durablement.

« Oubliez les régimes ils font grossir ! » de Sophie Deram est publié aux Éditions Marabout.

Rendez-vous avec Sophie Deram à la Maison de la Presse du Casino à La Baule. Sophie Deram sera mercredi 21 août, entre 10h et 13h, à la Maison de la Presse du Casino de La Baule, Passage du Royal, pour dédicacer son livre.

Kernews : Vous travaillez au Brésil, où vous êtes très connue, mais vous êtes aussi une habituée de La Baule…

Sophie Deram : Je suis toujours heureuse d’être à La Baule, qui est presque ma ville natale, et c’est pour moi une destination toujours très émouvante. Mes parents ont longtemps dirigé la Pharmacie du Royal et c’est maintenant mon neveu qui a repris cette pharmacie. J’ai aussi un frère qui est agent immobilier et un autre qui est assureur. Je suis partie au Brésil il y a 20 ans, à l’époque c’était pour 2 ans, avec mon mari, et nous y sommes restés. Je me suis intéressée à un sujet qui me passionne : la nutrition plus humaine. Pas la nutrition autour des calories et des protéines, mais la nutrition comportementale, puisque je suis ingénieure agronome à l’origine et j’ai repris des études pour devenir nutritionniste et diététicienne. Au Brésil, j’ai fait de la recherche et j’ai obtenu un doctorat en sciences, dans le département d’endocrinologie, en travaillant sur des problématiques comme la génétique ou l’obésité. Il faut savoir que le Brésil est en train de vivre une véritable transition nutritionnelle. C’est un pays qui souffrait de dénutrition il a 40 ans et qui, aujourd’hui, se trouve avec des chiffres alarmants d’obésité. C’est quelque chose que l’on observe dans tous les pays en voie de développement, tous ces pays qui ont souffert de la faim. Aujourd’hui, avec cette explosion de l’abondance alimentaire, on observe une explosion de maladies chroniques, c’est-à-dire l’hypertension, les maladies cardio-vasculaires et le diabète. Face à cela, il faut comprendre pourquoi tout se passe très vite, parce que c’est un problème de santé publique. On pointe le doigt sur l’industrie et les aliments ultra-transformés, qui sont abondants au Brésil, mais on voit aussi que le Brésil connaît énormément de problématiques autour du corps, avec une tendance à vouloir tout le temps modeler son corps, ce qui signifie faire des régimes et de la chirurgie esthétique…

Donc, on est dans ce paradoxe entre la malbouffe et le culte du corps humain…

Ils ont le désir de bien manger, mais avec des pertes de contrôle, et c’est dans ce domaine que j’interviens, parce que manger n’est pas simplement un acte physiologique : il y a aussi une grande partie psychologique. Il faut comprendre cela car l’être humain se nourrit aussi de sentiments. Je travaille sur les troubles du comportement alimentaire à l’hôpital de l’université de São Paolo, où je dirige le projet de génétique des troubles du comportement alimentaire. On observe que l’un des grands détonateurs de ces troubles du comportement alimentaire, c’est justement le fait de faire des régimes. On ne va pas dire que faire un régime va contribuer à développer des troubles alimentaires, mais les troubles du comportement alimentaire, en grande majorité, démarrent avec des régimes restrictifs.

Vous soulignez fréquemment qu’il ne faut pas se priver, mais simplement réduire son alimentation et manger mieux…

Il y a la notion de plaisir qui est très importante. Quand on réfléchit sur la dynamique de la restriction et du régime restrictif, on observe qu’il y a une modulation de l’expression des gènes dans le cerveau. J’ai étudié la nutrigénomique, à savoir comment les aliments conversent avec nos gènes, et la neuroscience qui permet d’étudier le fonctionnement du cerveau. Il se trouve que notre cerveau est le chef d’orchestre : c’est celui qui va tout guider, à savoir les émotions, les hormones, mais aussi le sentiment de faim.

Est-ce pour cette raison que lorsque l’on est soumis à une période de stress, même sans faire d’activités physiques, on a toujours très faim…

Le cerveau est l’organe qui consomme le plus d’énergie, notamment des glucides. Donc, quand on fait travailler beaucoup son cerveau, on ressent un sentiment de faim au bout d’un moment, c’est une hypoglycémie et, tout naturellement, on va se nourrir pour maintenir le cerveau actif. De la même manière que, quand on fait des régimes, on voit que des personnes ont des troubles cognitifs, elles peuvent perdre la mémoire ou avoir des difficultés de raisonnement, mais aussi être plus irascibles. Par exemple, dans un couple, quand il y en a l’un des deux qui est au régime, il y a davantage de disputes. Le cerveau contrôle aussi notre poids, c’est une nouveauté, parce que l’on pensait que le poids était lié à ce que l’on mange et à ce que l’on dépense. Il y a même des livres qui expliquent qu’il est facile de maigrir en mangeant moins et en faisant plus d’exercices, mais je dis que plus vous souhaitez maigrir, plus vous essayez de maigrir, plus vous allez grossir… C’est votre corps qui se défend. Le cerveau est un chef d’orchestre qui passe son temps à essayer de vous faire survivre de la meilleure manière possible, donc il est aux aguets en permanence. Le cerveau primitif, qui est en quelque sorte notre ange gardien, va moduler toutes les expressions de gènes en fonction de ce dont vous avez besoin. Faire un régime restrictif, pour votre cerveau, c’est pratiquement le plus gros stress par lequel vous pouvez passer, puisque c’est celui de la famine. L’autre stress plus important est celui de ne pas respirer, puisque c’est un besoin basique. Cette restriction dans laquelle vous ne respectez pas vos envies va actionner des modulations dans le cerveau et, la grande modification, c’est que cela augmente l’appétit. Vous essayez de maigrir en mangeant moins mais, finalement, vous ne pensez qu’à cela… Autre modification importante : non seulement votre appétit augmente, mais votre métabolisme va diminuer, c’est une sorte de défense du corps. Vous allez être fatigué, vous allez produire moins de sérotonine, moins de neurotransmetteurs, vous allez perdre vos cheveux, les ongles cassent… Toute personne qui a fait un régime a connu cela. Finalement, plus vous attaquez votre corps, plus il va se défendre. Dans les défenses, il y a aussi cette réserve de gras que l’on constitue.

N’est-ce pas faire preuve de provocation que de sous-entendre que les régimes font grossir ?

La plupart des personnes cherchent à faire des régimes pour maigrir, mais elles vont maigrir dans le court terme, alors qu’elles vont grossir dans le long terme. Des études très sérieuses ont été faites et, quand vous observez des jumeaux identiques, celui qui a fait le plus de régimes est en général plus gros. Donc, ce n’est pas suffisant pour dire que c’est la cause, mais c’est suffisant pour poser la question. Nous avons suffisamment d’études pour montrer que 95 % des gens qui font des régimes, non seulement regrossissent, mais souvent regrossissent plus. Je vais même jusqu’à dire qu’il est normal de rater un régime… Ce n’est pas une question de manque de volonté ou de manque de discipline, c’est normal. Votre cerveau se sent tellement menacé, qu’il va tout faire pour que vous ne réussissiez pas votre régime.

Vous dénoncez les aliments transformés, mais lorsque l’on travaille avec des horaires tardifs, comme beaucoup de gens dans les grandes villes, il n’y a pas d’autre choix que d’ouvrir une boîte ou de mettre une barquette dans un micro-ondes…

C’est quelque chose de normal et c’est pour cette raison qu’il faut essayer de prendre un peu de recul, en essayant d’organiser ces moments pour ne pas arriver chez soi affamé à 22 heures car, à ce moment-là, le cerveau va vouloir du gras et du sucre. C’est normal, notre cerveau est comme un ordinateur, il a déjà repéré qu’il y a une énergie rapide avec du plaisir dans une boîte prête à consommer. En effet, il y a un autre type de faim que l’on appelle le manger émotionnel. L’être humain n’a pas seulement une faim physiologique, mais il a aussi une faim psychologique. Par exemple, dès que j’arrive à La Baule, je pense à des restaurants et j’ai envie d’aller immédiatement manger des galettes… Mais je fais cela d’une manière consciente et sans culpabilité. On se rend compte que  lorsque l’on mange avec plaisir et sans culpabilité, on n’a pas besoin de se goinfrer. Dès que l’on ressent de la culpabilité, on entre dans une sorte de cercle vicieux et l’on mange plus. À l’inverse, quand on mange avec plaisir, on mange moins, car on sera satisfait et on aura moins d’envies tout au long de la journée. C’est donc un appel pour retrouver le bon sens de nos grands-parents. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’informations sur les régimes et la nutrition, alors qu’il n’y a jamais eu autant de problèmes de poids ! Finalement, l’excès d’informations va complexifier la prise de choix alimentaire. On essaie d’avoir des applications pour manger mieux, alors qu’en réalité on devrait simplement se poser la question de savoir ce qui nous fait du bien et ce qui nous fait plaisir. Tout le monde a une conscience alimentaire, mais c’est quelque chose qui se perd quand on est adulte, car la course aux régimes brouille les pistes. Les gens finissent par manger pour beaucoup d’autres raisons que le simple besoin de nourrir son corps et son âme. D’ailleurs, il ne faut pas culpabiliser, c’est l’apanage de la culture française. J’ai vécu 9 ans aux États-Unis et 19 ans au Brésil, et je peux vous dire que la France est reconnue dans ce domaine. Nous sommes un pays où l’on mange des gâteaux, des fromages, on boit du vin, mais les gens sont plutôt plus minces. On me demande régulièrement quel est le secret des Français. La réponse tient en un seul mot : le plaisir.

Finalement, quand on retrouve les articles de la presse féminine des années 90, on s’aperçoit que tout était faux !

Oui, je parle des années 2000. Un sociologue français, Claude Fischler, a fait une étude sur ce sujet avec un confrère américain, à travers des populations de femmes en France et aux États-Unis. C’est intéressant, car les réponses ont été très différentes. Par exemple, sur le gâteau au chocolat, les Américaines estiment que c’est gras et que cela fait grossir, donc il y a de la culpabilité et il faut résister. À l’inverse, les Françaises associent le gâteau au chocolat au bonheur, à l’anniversaire et au plaisir… C’est le même gâteau, mais les émotions sont différentes. Quand on est coupable, on essaie de résister, mais au bout d’un moment la personne finit par avaler le gâteau, en ressentant un peu de culpabilité et en se disant que, foutu pour foutu, autant en manger plusieurs morceaux. De l’autre côté, lorsque la personne savoure son gâteau, sa façon de manger va être très différente, parce qu’elle va s’asseoir pour savourer son gâteau, la première bouchée va lui apporter beaucoup de plaisir, la seconde sera aussi très bonne, mais le cerveau aura déjà été habitué, donc très rapidement le cerveau va naturellement être satisfait. C’est de cette manière que nous intervenons pour inciter les gens à manger de manière beaucoup plus consciente. Se faire plaisir, ce n’est pas du tout quelque chose qui va faire grossir.

Le corps n’a donc pas un besoin important de prendre des kilos et l’on constate aussi que c’est dans les moments de joie ou de stress que l’on a le plus envie de compenser, ce qui veut bien dire que le cerveau commande…

Plus vous faites des régimes, plus votre cerveau va vous demander des aliments réconfortants, comme du chocolat, des biscuits ou des glaces. Dans l’émotionnel, vous allez naturellement chercher des aliments réconfortants. Donc, ce ne seront pas des brocolis ou des carottes.

Il convient de se faire plaisir, d’éviter les aliments transformés et vous laissez également entendre qu’il ne faut pas se priver… Mais comment éviter de grossir ?

Ne pas se priver ne signifie pas qu’il faut tout s’autoriser ! On peut se faire plaisir quand on veut, mais on peut aussi décider de ne pas manger aujourd’hui l’aliment qui nous fait plaisir. Votre question est importante : comment faire pour ne plus grossir, car c’est la vraie question. Il faut arrêter de chercher à maigrir car, plus on veut maigrir, plus l’on grossit. Maintenir son poids, c’est le contexte de santé le plus intéressant, car, quand vous maintenez votre poids, votre corps s’adapte et votre appétit commence à diminuer. Donc, pour arriver à maigrir, il faut manger en respectant sa faim et ses envies, mais il faut aussi faire attention à ne pas manger pour d’autres raisons et il faut être capable de faire une sorte d’introspection. J’ai élaboré trois conseils après 30 ans d’études. D’abord, il faut arrêter de faire des régimes, car les régimes font grossir. Ensuite, il faut manger davantage d’aliments frais et vrais – cela ne veut pas dire que l’on doive arrêter totalement les barres au chocolat et les aliments ultra-transformés – et on doit cuisiner à la maison, en essayant de planifier à l’avance pour toujours avoir de quoi faire un dîner rapide. Par exemple, quand vous faites cuire des pommes de terre, vous pouvez en faire un peu plus, car des pommes de terre cuites peuvent rester dans un réfrigérateur quelques jours et elles peuvent constituer une bonne base pour une salade ou des pommes de terre sautées… Ensuite, il faut savoir que les meilleurs facteurs de santé ne sont pas les mêmes chez l’homme et chez la femme. Chez l’homme, le fait d’être marié est un facteur de longévité, parce qu’il y a quelqu’un qui s’occupe de la routine à la maison et, à l’inverse, chez la femme, le facteur de santé est d’avoir des bonnes amies… On voit donc que le bien-être a un rapport direct avec la santé. Dans la définition de l’Organisation mondiale de la santé, la santé est un bien-être physique, mental et social. La routine alimentaire est très importante, parce que nous avons des gènes, qui sont des horloges et qui se régulent d’une manière bien plus saine quand il y a une routine de sommeil ou d’alimentation. Cela va donc bien au-delà de ce que vous mangez, puisque cela touche aussi votre vie quotidienne et c’est pour cette raison que nous travaillons aussi sur le style de vie aujourd’hui.

Quelle est votre position à l’égard du sport ?

L’activité physique est essentielle. Cela veut dire bouger, mais le but n’est pas de trop stresser le corps avec trop d’exercices physiques. Vous pouvez gagner du poids quand vous faites beaucoup de sport et certains athlètes ont tendance à grossir parce qu’ils ont une sorte de défense du corps qui est stressé par l’excès de sport. L’activité physique quotidienne est bonne pour la santé, mais, quand vous allez dans un club de sport, c’est à vous qu’il incombe de sentir ce qui vous fait du bien. Parfois, dans la perspective d’avoir une vie encore plus saine, il est plus intéressant d’aller se reposer que d’aller courir 45 minutes sur un tapis. Il ne faut pas croire qu’il faut manger moins et faire plus d’exercices, mais il faut trouver un équilibre pour ne pas augmenter votre appétit. Quand on se met à manger régulièrement, quand on respecte son corps et son plaisir, l’appétit commence à diminuer. Il faut mettre davantage de routine tout en vivant des moments de plaisir, car tout est dans l’organisation du corps. Donc, faire la fête, c’est très important, avoir des amis, c’est très important mais, pour bien s’occuper de tout cela, il faut bien s’occuper de son corps, avoir une conscience corporelle, car c’est le secret d’une bonne santé. Ce sont souvent les médecins et les nutritionnistes qui décident de la santé des gens, alors qu’aujourd’hui on se rend compte que chacun est le meilleur spécialiste de son corps.

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