Catherine Chantepie : « Il y a des mélodies qui nous accompagnent tout au long de notre vie. »

Passionnée par la chanson française, une Andréanaise nous conte l’histoire des tubes…

Catherine Chantepie est une journaliste spécialisée dans l’immobilier. Elle habite à Saint-André-des-Eaux et elle vient de publier un livre dans lequel elle raconte l’histoire cachée des succès de la chanson française. Cet ouvrage lève le voile sur les paroles autobiographiques, les rencontres surprenantes et les mystères des grands tubes français des années 50 à nos jours.

« L’histoire cachée des tubes de la chanson française » de Catherine Chantepie est publié aux Éditions Jourdan – La Boîte à Pandore.


Kernews : Vous êtes journaliste économique, spécialisée dans l’immobilier, alors quelles raisons vous ont amenée à vous intéresser à ce sujet ?

Catherine Chantepie : Je suis passionnée de chansons depuis mes plus jeunes années. C’est un sujet qui m’intéresse depuis toujours et, évidemment, ce n’est pas un thème que j’ai l’habitude d’aborder dans mes articles sur l’immobilier !

Chaque personne associe une chanson à un souvenir, une première rencontre, un amour d’été, une séparation, cela permet de se situer dans le temps… Finalement, les chansons nous accompagnent en permanence…

C’est vrai, il y a des mélodies qui nous accompagnent tout au long de notre vie. J’avais envie d’aller un peu plus loin en traitant de l’histoire de ces chansons des années 50 à aujourd’hui, en expliquant comment elles sont nées et comment elles ont vécu après leur sortie sur les ondes. Une chanson comme « La Bohème » d’Aznavour éveille certainement des souvenirs chez chacun… Idéalement, une grande chanson est associée à un souvenir d’été, une grande rencontre, un moment de joie ou de plaisir.

Comment avez-vous mené votre travail de documentation ?

J’ai compilé différentes sources du mieux possible. J’ai beaucoup travaillé à partir des interviews d’artistes, écrites ou en vidéo, afin d’avoir quelques informations insolites. Sur Internet, on retrouve toujours la même chose, mais j’ai eu le désir d’aller un peu plus loin, notamment pour récupérer des informations sur l’histoire des grandes chansons de Brassens ou d’Aznavour.

Par exemple, le tube qui a lancé la carrière de Lio, « Banana Split », avait été édité à l’origine pour procurer des avantages fiscaux à sa maison de disques…

Effectivement, à l’époque c’était une technique pour payer moins d’impôts et le succès de ce titre a été surprenant pour tout le monde. La maison de disques devait produire des artistes pour payer moins d’impôts et l’objectif n’était pas de vendre des centaines de milliers de disques. Finalement, cela a été une surprise et c’est ce qui a lancé la carrière de Lio en Belgique et en France.

D’ailleurs, les maisons de disques ont souvent eu des surprises en voyant des titres auxquels elles ne croyaient pas devenir des tubes…

Par exemple, « Belle-Île-en-Mer» de Laurent Voulzy devait être au départ la face B des « Nuits sans Kim Wilde ». Laurent Voulzy ne pensait pas lui-même que « Belle-Île-en-Mer » serait un succès. Un jour, après la sortie des « Nuits sans Kim Wilde, Laurent Voulzy a entendu « Belle-Île-en-Mer» à la radio et il s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire avec cette chanson. Il a relancé sa maison de disques pour que cela devienne une face A et il y a eu le succès que l’on connaît. J’ai aussi essayé de parler de chansons qui ne sont pas forcément des très gros tubes en racontant des histoires intéressantes.

Certaines chansons sont représentatives de l’état d’esprit de l’opinion à une époque, comme Eddy Mitchell avec « Il ne rentre pas ce soir »…

C’est effectivement le reflet de l’inquiétude de la société à cette époque, avec le chômage de masse qui est quelque chose de nouveau. Nous étions à la fin des années 70, on commençait à comprendre que l’on ne peut plus rester toute la vie dans la même entreprise.

Certaines chansons marquent aussi des changements de société. Lorsque Michel Delpech chante « Les divorcés», à l’époque, dans la cour de récréation, les enfants étaient surpris de voir un de leur camarade expliquer que ses parents étaient divorcés.Or, aujourd’hui, c’est celui qui dit que ses parents sont encore en couple qui apparaît comme une exception…

C’est vrai, j’ai un fils de huit ans et tous ses copains ont des parents divorcés… C’est devenu la norme aujourd’hui, alors que dans les années 70, cela apparaissait encore comme une exception. Cette chanson est importante parce qu’elle raconte l’histoire d’un divorce qui se passe bien et c’est l’originalité de cette approche. À une certaine époque, pour divorcer, il fallait prouver les torts du conjoint, mais aujourd’hui cela se passe globalement mieux.

Vous consacrez beaucoup de chapitres à des grands standards de la chanson française, notamment des titres de Charles Trenet, Tino Rossi ou d’Édith Piaf…

Pour ma génération, ce sont des artistes un peu plus éloignés, mais il faut savoir que Tino Rossi, par exemple, était une immense star, c’était le crooner de l’époque. « L’hymne à l’amour d’Édith Piaf reste un immense classique qui a fait le tour du monde.

Quelles anecdotes avez-vous envie de nous faire partager ?

Par exemple, Patrick Bruel chante « Le café des Délices » et l’idée est née lors d’une soirée avec Félix Gray. Patrick Bruel a entendu cette composition de Félix Gray, qui raconte son enfance déchirée avec son départ de la Tunisie pour la France. Cette histoire touche Patrick Bruel qui, lui-même, vient d’Algérie et il veut absolument chanter cette chanson. Félix Gray accepte et cette chanson devient un énorme succès, un incontournable de Patrick Bruel, qu’il va interpréter dans tous ses tours de chant. J’ai voulu aussi revenir sur plusieurs artistes des années 90, parce que c’est ma jeunesse, et j’avais envie de raconter l’histoire de « Mobilis in mobile » de l’Affaire Louis Trio, qui n’est pas forcément un énorme succès, mais c’est une chanson qui m’a beaucoup marquée car c’est un album vraiment formidable et bien construit, inspiré des romans de Jules Verne. Cette chanson s’inspire de la construction mélodique des Beatles, avec une mélodie très proche de ce qu’a pu faire Paul McCartney. Je raconte aussi l’histoire de « La Maritza » de Sylvie Vartan, c’est vraiment très fort. Elle explique comment elle a quitté la Bulgarie à l’âge de dix ans en laissant derrière elle son pays, elle disait au revoir à son grand-père depuis son train et c’est quelque chose qui l’a beaucoup marquée… Elle n’était pas forcément partante à l’idée de le raconter. Or, en entendant cette mélodie, elle s’est laissée convaincre et c’est devenu une chanson phare du répertoire de Sylvie Vartan.

Il y a beaucoup d’artistes qui ont fait de belles carrières dans les années 70 et qui ont disparu dans les années 80 avec le développement de la FM. J’ai connu des artistes comme Michel Delpech, Gérard Lenormand ou Sylvie Vartan et, un soir, Sylvie Vartan m’a dit qu’elle était triste parce que les radios FM ne la programmaient plus… Mais, ironie de l’histoire, aujourd’hui en 2019, les chansons de Michel Delpech, Gérard Lenormand ou Sylvie Vartan sont fredonnées par des jeunes de 15 ou 25 ans…

C’est vrai, ce sont des chansons qui ont su traverser les époques. On peut toujours penser que les orchestrations ont un peu vieilli, mais les chansons restent bien construites et les thèmes évoquent toujours quelque chose pour ceux qui écoutent ces titres. Je connais des jeunes qui adorent des chansons de Michel Delpech. Sylvie Vartan a su traverser les époques et elle est restée une référence pour de nombreux artistes aujourd’hui.

Votre livre traite uniquement des artistes francophones. Pour quelles raisons ?

Oui, c’était une volonté de rester sur la chanson française. Peut-être que j’évoquerai d’autres artistes dans un autre volume, mais sur mon blog, « La Clef des Songs », je parle également d’artistes comme Elton John ou les Rolling Stones.

Il y a des artistes qui ont sorti un énorme tube, mais aucun autre par la suite… Vous revenez par exemple sur la chanson d’Hervé Cristiani, « Il est libre Max »…

C’est une chanson magnifique qui méritait d’être citée dans ce livre. C’est vrai, Hervé Cristiani a essayé de retrouver le succès. Malheureusement, il n’y est pas arrivé, mais son répertoire reste quand même intéressant, notamment ses dernières chansons.

Aujourd’hui, on voit apparaître une nouvelle génération d’artistes, comme Angèle, cela signifie que le renouvellement générationnel s’opère toujours…

Malgré ce que l’on peut dire, il y a une vraie tradition de la chanson française, avec des textes soignés, une volonté de bien faire son travail. Prenez un artiste comme Calogero : je trouve que ses textes sont bien faits, les mélodies fonctionnent, il mérite sa place dans la chanson française. Maintenant, il faudra voir quels sont les artistes qui vont rester dans le cœur de ceux qui aiment la musique et dont on parlera encore dans une quinzaine d’années.

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