Charles Sannat : « Ce n’est pas une crise économique, c’est une rupture de normalité. »

L’entretien qui bouscule les idées reçues !

« L’État, ce n’est jamais rien qu’un mafieux légal. Et le mafieux doit vous apporter sa protection… Vous payez un impôt en échange de la protection. Si l’État n’est pas capable de vous apporter sa protection, alors il a failli. Donc il ne peut plus y avoir de consentement politique, de consentement administratif, et encore moins de consentement à l’impôt. »

Charles Sannat est diplômé de l’École Supérieure du Commerce extérieur et du Centre d’Études diplomatiques et stratégiques. Il a commencé sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant, puis il est devenu manager au sein du Groupe Altran – Pôle Technologies de l’Information (secteur banque/assurance). Il a rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d’affaires et a intègré ensuite la direction de la recherche économique d’AuCoffre.com en 2011. Charles Sannat enseigne l’économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et il publie régulièrement des articles sur l’actualité économique. Il est également le fondateur du site Insolentia.com

Extraits de l’entretien

Kernews : Doit-on considérer le confinement comme la seule solution possible face à ce virus, qui n’est pas une simple grippe mais qui n’est pas Ebola non plus ? Ce confinement vous semblait-il nécessaire, malgré les conséquences économiques inéluctables que nous allons subir ? Peut-on débattre sur l’opportunité de ce confinement sans choquer les malades et le personnel soignant ?

Charles Sannat : Il faut en débattre, tout doit pouvoir être dit ! Et il est même fondamental de pouvoir tout dire, compte tenu de la gravité de cette crise. Le confinement a été qualifié de politique moyenâgeuse par certains et je suis assez d’accord avec ce qualificatif. Le problème est de savoir si nous avons les moyens d’une autre politique. Quand on étudie la situation, le confinement a été décrété parce qu’il n’y a pas d’autre solution, dans la mesure où nous n’avons pas les moyens d’une autre politique. Il y a évidemment d’autres solutions, comme faire des tests systématiques, donner des moyens de protection à l’ensemble de la population, désinfecter les endroits publics, avoir des gestes barrières, adapter un certain nombre de postes de travail… L’ensemble de ces mesures qui sont non pharmaceutiques sont de nature à combattre l’épidémie en ne fermant pas pour autant  la société.

Le gouvernement a fait de nombreuses promesses et Emmanuel Macron a déclaré que l’État n’abandonnerait personne au bord de la route. Toutefois, quelques semaines plus tard, on constate que l’autocar a son coffre ouvert et que des bagages tombent tout au long de la voie… Si l’on comprend le français, entendre dire que l’on n’abandonne personne signifie que toute entreprise en activité le 14 mars devrait bénéficier des aides pour la reprise de son activité à l’issue du confinement. Or, on nous explique que celles qui sont en redressement judiciaire et celles qui subissent des pertes n’auront pas le droit de reprendre, parce qu’elles sont exclues du prêt garanti par l’État (PGE). Dans le même temps, on découvre que l’on ne soigne plus les personnes âgées dans les hôpitaux…

C’est la réalité et je confirme qu’il y a des critères pour les prêts garantis par l’État. Vous devez avoir une cotation à la Banque de France. Donc, ces prêts ne seront pas octroyés aux sociétés qui pourraient manifester une fragilité. Il va y avoir un taux de mortalité considérable pour les entreprises. Ce sera un carnage économique qui entraînera un autre carnage humain, car ce sont des éléments qui sont en résonance. Les crises économiques, cela fait aussi des morts par les dettes, le désespoir, la misère, la pauvreté ou les soucis.

Emmanuel Macron était sans doute sincère au moment de sa déclaration, toutefois on peut penser que le gouvernement s’est très vite rendu compte que les promesses ne pouvaient pas être tenues. Qu’en pensez-vous ?

On peut penser raisonnablement qu’ils sont juste totalement dépassés et totalement incompétents ! Ils sont intrinsèquement inadaptés pour prendre la moindre décision. Nous sommes en train de vivre notre Juin 40 sanitaire. C’est une véritable débâcle sanitaire, économique et sociale. Ils sont totalement dépassés par la situation et prisonniers dans leur cadre intellectuel et conceptuel. Pour eux, tout se résume par des normes, des règles et des lois. Ils font des lois sur l’état d’urgence sanitaire, ils signent des décrets, ils commandent 1 milliard de masques et, quand les masques n’arrivent pas, ils annoncent une commande de 2 milliards, mais il n’y a toujours pas de masques pour les infirmières ! Ils sont en train de déplacer des divisions fantômes… C’est ahurissant de se rendre compte à ce point de l’impuissance publique qui est complète. Ils ne sont capables de rien. À la libération du confinement, cela va peser extrêmement lourd dans l’attitude du peuple français, parce qu’ils vont devoir rendre des comptes à la population sur la gestion extrêmement mauvaise de cette crise. Le coût de la crise économique vs le coût du maintien des capacités hospitalières, le fait d’avoir un certain nombre de moyens de production dans notre pays, tout ce modèle de la mondialisation à outrance est en train de s’effondrer, tout comme celui de la délocalisation systématique, celui de l’austérité des technocrates bruxellois. Tout s’effondre. C’est toute une architecture morale qui a été faite contre les peuples au profit du totalitarisme marchand et des grandes multinationales qui se gavent depuis vingt ans. Aujourd’hui, l’État est dans l’incapacité totale de prendre soin de sa population, c’est pourtant la base, et je rappelle qu’un État, dans l’esprit des gens, n’a de réalité, tout comme un impôt, qu’à partir du moment où il est le corollaire à la protection donnée. L’État, ce n’est jamais rien qu’un mafieux légal. Et le mafieux doit vous apporter sa protection… Vous payez un impôt en échange de la protection. Si l’État n’est pas capable de vous apporter sa protection, alors il a failli. Donc il ne peut plus y avoir de consentement politique, de consentement administratif, et encore moins de consentement à l’impôt. Nous payons des sommes dingues et on n’est même pas capable de nous donner des masques à cinquante centimes !

Peut-on encore envisager une reprise en V ?

C’est totalement illusoire. La crise est à tiroirs et nous sommes toujours en train de sombrer. Le déconfinement ne pourra pas se faire comme on y est entré. On ne pourra pas aller sur les Champs-Élysées faire la fête toute la nuit. On sait que ce sera très compliqué pour une raison qu’il faut absolument comprendre. Aujourd’hui, on nous explique que nous sommes sur le pic, mais ce n’est qu’un premier pic, parce que 100 000 cas sur 67 millions de Français, cela vous laisse encore 66 millions de Français qui vont pouvoir continuer de contaminer. Si notre système de santé n’est pas capable de supporter le premier pic à 1 million de personnes infectées, il ne va pas être capable d’en supporter un deuxième à 66 millions ! Je peux vous annoncer, sans être un grand devin, que nous serons obligés de repartir en confinement dans quelques semaines…

Aucun gouvernement ne prendrait le risque d’instaurer un nouveau confinement, avec l’éventualité d’une guerre civile après…

Il ne s’agit pas de prendre un risque, mais d’évoquer une réalité sanitaire. Nous sommes confrontés au pire des scénarios endémiques, avec un virus qui met par terre n’importe quel système de santé. Cette contagiosité fait que vous ne pouvez pas laisser ce virus se répandre de manière massive dans votre population pour jouer sur ce que l’on appelle l’immunité collective. À partir du moment où il n’y a pas d’immunité collective, soit vous avez des médicaments pour soigner réellement cette maladie – à ce moment-là, cela va changer la donne – soit vous avez suffisamment de matériel de protection pour tout le monde. Mais, tant que ces éléments ne sont pas réunis, il est illusoire d’imaginer qu’atteindre le pic est une bonne nouvelle en soi. C’est l’arbre qui cache la forêt. Je ne vous parle même pas de la réouverture des frontières, qui n’est pas pour demain. Vous imaginez la crise économique qui sera consécutive… Donc, ce n’est en aucun cas une reprise en V, pour la simple et bonne raison qu’il ne pourra pas y avoir une sortie rapide et encore moins une reprise des échanges mondiaux.

Face à cela, lorsque l’on pense aux travailleurs indépendants, aux futurs chômeurs, aux gens qui ont des crédits qu’ils ne pourront pas rembourser, on pourrait imaginer qu’un gouvernement décrète la remise de tous les comptes à zéro afin d’éviter une guerre civile…

Tout est possible, parce que vous êtes dans une situation totalement inédite que le gouvernement ne maîtrise pas du tout et vous avez aujourd’hui des dirigeants qui ne sont pas en capacité de tout comprendre, mais il ne faut pas leur en vouloir parce que c’est extrêmement complexe. Par exemple, dans les 14 premiers jours de confinement, on vous a expliqué que vous pouviez prendre un congé d’arrêt maladie pour garder vos enfants. Lors du prolongement du confinement, on ne vous a plus rien dit. Il y a des millions de gens qui ne savent pas comment ils vont être payés à la fin du mois parce que, là-haut, ils n’ont même pas la moindre idée de comment il faut s’y prendre. C’est quelque chose qu’ils gèrent au jour le jour.

Il y a même une forme de bonne foi de leur part, parce qu’ils découvrent tous les jours des problèmes auxquels ils ne pensaient pas et les ordonnances sont souvent modifiées…

Absolument. Ils n’avaient même pas conscience de certains cas. Dans une rupture de normalité, il est normal de gérer les problèmes au jour le jour, au fur et à mesure, et de les régler du mieux possible. C’est normal. D’ailleurs, Édouard Philippe a ce discours. Ce n’est pas quelque chose que les gens comprennent très bien, parce que c’est un discours qui est vrai. Comme il est vrai, il est cohérent. Quand j’écoute Sibeth Ndiaye expliquer que l’on ne me donne pas un masque parce que je ne suis pas capable de le mettre, alors qu’au même moment on convoque mon garçon de 11 ans pour lui expliquer en long en large et en travers comment on enfile un préservatif, je peux vous dire que si l’on est capable d’enfiler un préservatif, on va être capable d’enfiler un masque ! Lorsque l’on a ce genre de discours totalement incohérent, et même vexant et humiliant, c’est quelque chose qui ne peut pas passer. Quand on a un discours de vérité face à une crise qui est d’une ampleur inédite, tout le monde est capable de le comprendre et vous suscitez l’adhésion naturelle, parce que c’est cohérent. Ce n’est pas la peine de venir m’expliquer qu’en me lavant les mains le virus ne rentrera pas dans le nez, quand on sait qu’il faut un masque pour que le virus ne rentre pas dans le nez. Si l’on respire derrière quelqu’un qui a toussé, cela ne sert à rien de se laver les mains. Mais, pour cela, il faut avoir les moyens de le faire. Le confinement est quelque chose d’important, ce n’est pas simplement une question de distanciation sociale, parce que le virus reste aussi dans l’air pendant quelques heures, on sait que cela fonctionne comme cela. À partir du moment où vous êtes en cohérence, les choses ne peuvent que bien se passer et c’est le cas du discours d’Édouard Philippe qui a été peu critiqué. Vous avez des marqueurs à surveiller pour l’évolution de la crise, son aggravation ou son amélioration. Il faut surveiller des facteurs comme la capacité de fournir à tout le monde des tests et du matériel de protection. Le deuxième marqueur sera la découverte d’un traitement très efficace ou d’un vaccin qui permettrait de vacciner toute la population mondiale. Ce sont des marqueurs de fin de crise qu’il faut surveiller et, tant que ce n’est pas le cas, vous pouvez pencher vers un principe d’aggravation de la crise, c’est-à-dire qu’elle va continuer à durer. Et une crise qui dure, c’est une crise qui s’aggrave en termes de conséquences économiques.


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