Édouard Moradpour : « J’ai compris que l’âme continuait sa vie dans un autre univers qui est impossible à comprendre. »

Le témoignage bouleversant d’un homme brisé par le suicide de sa compagne.

Édouard Moradpour est connu dans le tout-Paris de la publicité, des médias et des affaires. Il a effectué une carrière brillante à la tête de plusieurs agences parisiennes et, après la chute du Mur de Berlin, il a été le premier à créer une agence de publicité à Moscou, qui est ensuite devenue la première en Russie. Dans son dernier livre, il raconte le suicide de sa compagne Elena, avec laquelle il vivait à Moscou, et ses expériences mystiques ultérieures avec des grands médiums. Très sceptique au départ, il a été amené à modifier sa vision de « l’après » et, par là même, celle du mystère de la vie et de l’origine de l’univers. C’est un récit personnel et sincère, dans lequel l’auteur explore les thèmes du couple, du deuil et de la culpabilité après le suicide. Il explique comment il a pu surmonter cette épreuve.

Édouard Moradpour est né à Téhéran d’une mère russe ayant immigré après la révolution soviétique. Après vingt ans de carrière en France, où il a notamment lancé l’agence MGTB, il s’est installé à Moscou à la suite de la chute du Mur de Berlin et il y est considéré comme le « père de la publicité ». Il a lancé un certain nombre de grandes agences internationales, en particulier Leo Burnett Moradpour Moscow et Euro RSCG Moradpour Moscow. De retour en France, il s’est consacré à l’écriture. Avec ce récit, il signe son septième livre. Yannick Urrien connaît Édouard Moradpour depuis presque trente ans, ce qui explique le tutoiement dans cette interview.

« Le jour où tout bascule » d’Édouard Moradpour est publié chez Fauves Éditions.

Kernews : Tu racontes ton histoire, celle d’un homme qui a réussi sa vie en Russie, un séducteur, une belle carrière dans la publicité, de nombreuses conquêtes féminines, et à Moscou tu rencontres une jeune femme en te disant que c’est la femme de ta vie malgré votre différence d’âge. Un jour, c’est le drame, avec son suicide dans votre appartement au cœur de Moscou… Ensuite, lors de ton retour en France, c’est la découverte de la spiritualité, des rencontres avec des médiums, les contacts que tu as pu avoir avec Elena. Tu précises bien que ce qu’elle t’a dit dans ces expériences de contact avec l’au-delà n’était pas connu des voyants et que cela ne pouvait émaner que d’elle…

Édouard Moradpour : C’est mon septième livre, mais c’est le livre le plus important pour moi. J’ai commencé à écrire après cette tragédie. Je ne pensais jamais être écrivain, j’étais publicitaire, mais c’est cette tragédie qui m’a amené vers l’écriture. J’ai fait plusieurs livres pour arriver à écrire ce livre, pour raconter la vraie histoire, celle du suicide d’Elena. Ce livre m’a permis de passer une étape. La tristesse d’un suicide peut s’atténuer avec les années, mais la culpabilité ne disparaît jamais.

Culpabilité de ne pas avoir voulu lui faire un enfant…

Elle a même écrit une lettre d’amour avant de mourir, dans laquelle elle me dit que c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles elle se suicidait. Elle n’a pas eu l’enfant qu’elle voulait, alors que je ne voulais pas d’enfant. J’ai déjà une fille, que j’aime beaucoup. Je l’ai eue à l’âge de 19 ans et cela m’a bloqué, parce que je suis devenu adulte tout d’un coup. J’étais encore à l’école, je n’avais même pas mon bac et on m’a dit que j’étais père de famille. Je ne voulais pas reproduire cela. L’autre culpabilité que j’ai, c’est de ne pas avoir accepté d’avoir un enfant, cela aurait sans doute sauvé Elena. Mais tous les psychologues et les médiums que j’ai rencontrés me disent que ce n’est pas de ma faute : elle l’aurait fait de toute manière, car c’était son âme qui avait décidé un jour de se suicider. Ils ont peut-être raison, mais je pense que je suis quand même coupable.

Il est difficile pour un quinquagénaire de se lancer dans une telle aventure avec une femme d’une trentaine d’années…

J’étais coupable de ne pas faire suffisamment attention aux signes que je ne voyais pas. C’était une fille qui avait la pêche, elle était enthousiaste, elle était pleine de vie, belle et jeune… Je n’ai pas vu les signes. J’ai été totalement surpris par son suicide. Elle n’a jamais été déprimée et je me reproche de ne pas avoir capté ce que je devais capter.

Tous ceux qui t’ont connu savent que tu as toujours eu beaucoup de succès avec les femmes, mais en réalité, dans ce livre, on découvre quelqu’un pour qui la spiritualité compte énormément…

C’est exactement cela. Oui, j’ai été un publicitaire, frimeur et dragueur, mais je suis quelqu’un qui s’intéresse beaucoup à la spiritualité. J’ai découvert ce que j’étais vraiment à travers cette tragédie. D’ailleurs, je n’hésite pas à faire mon portrait tel que j’étais. Je me mets à nu et ceux qui ont détesté celui que j’étais ont certainement raison. Cette évolution m’a permis d’être un autre. On ne peut pas dire que l’on change complètement, on peut changer sa façon de voir le monde et la vie mais, en tant que personne, on ne peut pas être complètement différent d’un jour à l’autre non plus. C’est un chemin qui est long. En réalité, j’ai toujours traité les gens avec énormément de respect, notamment les femmes que j’ai rencontrées. En plus j’étais célibataire, je n’ai fait de mal à personne !

Il y a aussi une vocation, celle de vouloir changer le monde en apprenant la chute du Mur de Berlin. Il fallait avoir du courage pour prendre un avion et partir avec une valise à Moscou pour créer une agence de pub ! Derrière cela, il y a une volonté d’accompagner un peuple et un pays dans sa mutation…

C’est l’âme russe, puisque ma mère était Russe, et cela sans doute joué un rôle important. Je ne suis pas allé dans n’importe quel pays : je suis allé dans un pays où j’avais la moitié de mon âme. Je parlais russe, donc c’était aussi quelque chose de prédestiné. Maintenant, je parle de spiritualité, mais je ne parle pas de religion. Quand Elena est morte, je me suis demandé si nous avions une âme… Avant, j’étais un matérialiste, je pensais que nous avions un corps, avec un cerveau, et que tout s’éteint au moment de la mort. C’est ce que pensent beaucoup de gens. Après, j’ai essayé de comprendre. J’ai fait une recherche considérable à travers des lectures, en rencontrant des médiums, j’ai fait de nombreuses expériences. Et j’ai compris que nous avions une âme. Nous sommes un être spirituel avant d’avoir un corps physique. Donc, si nous avons une âme, l’âme ne peut pas disparaître, elle ne peut pas s’éteindre… C’est un mystère, mais j’ai compris que l’âme continuait sa vie dans un autre univers qui est impossible à comprendre. J’ai communiqué avec Elena, grâce à des médiums, des séances de transcommunication, cela peut paraître fou…

Ce chemin est venu à partir d’un déclic car, après la mort d’Elena, en fermant ton ordinateur, tu vois son portrait en noir et blanc traverser l’écran… On pourrait se dire que tu es encore sous le choc, mais il y a d’autres éléments…

D’abord, beaucoup de lectures, comme le livre du Docteur Moody « La vie après la vie », où il raconte des expériences de mort imminente. Il y a le livre du docteur Charbonnier aussi. Ce sont des gens sérieux, ce sont des scientifiques, qui découvrent qu’il y a autre chose que le visible. Ce sont des témoignages qui m’ont beaucoup parlé, car, dans le monde entier, on a des exemples de gens qui sont morts physiquement et cliniquement. Lorsque ces gens reviennent à la vie, ils racontent ce parcours avec ce fameux tunnel, cette rencontre avec la lumière et des êtres disparus et, surtout, un amour indescriptible. Il y a une lumière puissante que l’on ne peut pas traduire, au point que les gens ne veulent pas revenir. Des gens reviennent, parce qu’on leur a dit que ce n’était pas le moment. J’ai lu une centaine de livres sur ce sujet et, ensuite, j’ai voulu rencontrer des médiums. Il y a beaucoup de charlatans, mais j’ai eu la chance de rencontrer des vrais médiums qui m’ont dit des choses qu’ils ne pouvaient pas savoir. Ces gens ont pu communiquer avec Elena, dans un autre univers. On ne sait pas comment, mais on a l’impression que ces âmes sont dans un autre univers et qu’elles continuent leur chemin comme nous sur Terre.

Si l’invisible est invisible, peut-être est-ce une transgression de vouloir communiquer avec elles ? Donc, le contact doit venir de l’invisible vers le visible, mais pas en sens inverse…

Dans toutes les religions, c’est quelque chose de très grave : les religions interdisent la communication avec l’invisible, c’est un péché. Mais je ne suis pas dans la religion.

Comment peut-on atteindre un niveau élevé en spiritualité en rejetant la religion ? Finalement, les religions sont une sorte de Code de la route face à l’invisible…

Les religions sont effectivement des codes et je pense que nous n’avons pas besoin d’un corps intermédiaire pour communiquer avec l’invisible.

Il y a beaucoup de points communs entre les trois religions monothéistes…

Oui, mais le concept de Dieu me pose un problème. Je ne crois pas à ce concept d’un Dieu qui règne sur l’univers et qui aurait construit un paradis et un enfer. C’est imagé, mais je pense que c’est beaucoup plus complexe et mystérieux. Je pense qu’il y a un monde invisible, avec des forces qui vont toutes vers l’amour, mais que nous n’avons pas besoin de passer par cette étape. De toute façon, on n’a pas de réponse. Un jour, on l’aura… Dans mon raisonnement, je fais comme le pari de Pascal : il a dit qu’il faut croire puisque, de toute façon, on est gagnant. Si l’on est meilleur sur Terre et qu’il y a un paradis, alors on y sera… S’il n’y a rien lorsque je vais mourir, de toute façon, je ne le saurai pas. Alors, autant s’y préparer en étant meilleur sur Terre.

Lors de ton retour en France, tu essaies de contacter des médiums et tu t’aperçois qu’il y a des files d’attente incroyables…

Aujourd’hui, il faut neuf mois pour avoir un rendez-vous avec un grand médium ! J’ai été impressionné, parce que j’ai eu la chance de ne pas tomber sur des charlatans. Christine a écrit des livres, dont « Une plume pour deux âmes ». Elle a perdu son père quand elle était enfant et elle communique avec lui pour parler avec les esprits disparus. Elle m’a aidé à communiquer avec Elena, mais elle n’était pas encore prête. Il y a un chemin pour les âmes qui sont de l’autre côté. Ce n’est pas un saut magique, cela se recoupe avec la religion orthodoxe qui explique qu’il faut 40 jours. À travers Christine, j’ai communiqué avec le guide d’Elena, qui m’a dit qu’elle était encore trop faible et qu’elle était encore en reconstruction. Elle était aussi dans la culpabilité, parce qu’elle savait qu’elle faisait du mal aux gens en se suicidant. Les gens qui se suicident sont dans la culpabilité, ils ont besoin de temps pour se reconstruire et reprendre de l’énergie. J’ai été aussi impressionné par un autre médium, Guy, qui m’a parlé de moi sans me connaître, avec même des détails sur mon appartement, en me demandant de ne pas déménager parce qu’il y avait des énergies positives. Je pense que les âmes sont là quand on a besoin d’elles. Il ne faut pas trop les embêter, elles ont leur chemin à faire, c’est ce que j’ai appris, avec des connaissances à acquérir. J’ai aussi appris qu’il ne fallait pas pleurer, parce que les âmes n’aiment pas que les vivants pleurent…

Elena a transmis le texte suivant : « Je suis heureuse que tu cherches à me retrouver, mais il faut aussi que tu continues ta vie… »

C’était dans une expérience de TCI, la transcommunication instrumentale. C’est absolument fou ! J’ai la cassette de cet enregistrement. On se réunit dans un petit hôtel en banlieue parisienne, il y a sept à huit personnes qui cherchent à communiquer avec un être disparu, il y a deux médiums vraiment sérieux, des vieux magnétophones à bandes et des cassettes – ce sont des gens qui travaillent à l’ancienne – et chacun pose une question. Ensuite, on attend en silence, pendant une minute, avec une musique de fond très diffuse, parce que les êtres disparus ne parlent pas comme nous : ils utilisent des vibrations qu’ils transforment en mots. Ensuite, on réécoute la bande. Cela ne marche pas tout le temps, mais j’ai entendu des mots d’Elena, comme « suicide, je t’aime et je regrette ». Ce sont des choses qui ne pouvaient venir que d’elle car je n’avais donné aucune information au médium ! Je me suis assis et le médium m’a simplement dit : « Lancez votre message ». Ensuite, la femme est entrée dans une espèce de transe, elle a écrit très rapidement en prenant le message d’un guide et elle me l’a lu : « Tu sais, il y a des pulsions que l’on ne peut pas contrôler, je me suis suicidée, je suis désolé de t’avoir fait mal… Je suis arrivée dans un univers où l’amour était si fort que je n’ai même pas pu m’y habituer au début ». Ensuite, elle m’a demandé de continuer ma vie sur Terre, en me disant qu’elle va me protéger…

Elle ajoute qu’elle est en voyage et qu’elle a une autre vie ailleurs… Est-ce une vie dans l’au-delà, ou une âme qui s’apprête à rejoindre un autre corps ?

On ne sait pas, on ne peut pas expliquer cela. On doit finir sa mission sur Terre. J’ai cherché ma mission. Ma mission, c’est d’abord de comprendre que ce qui est important, c’est l’amour. L’amour sur Terre, c’est peu de chose par rapport à l’amour qu’il y a après. C’est comme une larme qui tomberait dans un lac… Cela veut dire qu’il faut penser aux autres, écouter les autres… C’est quelque chose que je ne faisais pas avant. Je n’ai pas été assez ouvert et cela explique qu’il faut aller vers les autres, aimer les autres et s’aimer soi-même aussi….

As-tu pensé aux gens à qui tu as fait du mal, même involontairement ?

Il n’y a jamais eu d’événements tragiques. Il y a eu des gens qui ont eu de la peine, mais moi aussi. Le paroxysme était Elena, c’était le sommet du sommet, puisqu’elle est allée jusqu’au suicide. Les médiums m’ont dit une chose : « Un suicide, c’est le cadeau d’une âme à une autre âme ». Quand on entre dans ce concept de spiritualité, les âmes ont le choix de s’incarner d’une manière ou d’une autre et leur guide leur dit que l’expérience terrestre va être très difficile et qu’ils ne vont pas s’en sortir, alors il y a cette volonté de rompre le contrat, c’est-à-dire en se suicidant.

Ceux qui se suicident sont aussi des gens qui aiment éperdument…

Oui, des gens qui aiment éperdument et qui n’arrivent pas à remplir le contrat qui leur est proposé. Il n’y a pas une raison pour expliquer un suicide. Un suicide, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Il y a une accumulation de souffrances et de douleurs depuis l’enfance et, à un moment, un déclic se produit. On ne réfléchit même pas. C’est une pulsion que l’on ne peut pas contrôler. Il s’est passé quelque chose dans la vie d’Elena qui l’a amenée à faire ce geste.

Cela t’a conduit à penser que le véritable amour dure six mois…

C’est mon expérience. J’ai constaté que la passion amoureuse s’épuise, elle se transforme en affection et en amitié. C’est quelque chose de personnel, cela peut être six mois, un an ou trois ans… Mais cela se remplace par autre chose et c’est pour cela qu’il ne faut pas se quitter lorsque la passion s’épuise. Maintenant, je le sais. Il a fallu une tragédie pour comprendre cela et c’est pour cette raison que j’ai écrit ce livre. Je crois que nous allons tous vivre le jour où tout bascule : cela peut être la perte d’un être cher, la perte d’un job, un divorce, une séparation…  C’est le jour où la vie bascule… Il y en a qui tombent dans la déprime, d’autres dans la drogue ou l’alcool. J’ai eu la chance de prendre un autre chemin pour me reconstruire, celui de la spiritualité. C’est ce qui m’a sauvé.

Tu n’as pas cherché à rester en contact avec elle. Pour quelle raison ?

Ce serait trop, ce serait de la curiosité, parce que j’ai compris ce que je devais comprendre. Dans la deuxième séance de transcommunication, un an après la première, Elena m’a fait dire que cela suffisait, qu’elle a dit tout ce qu’il fallait savoir et que c’est à moi de jouer et de faire mon chemin sur Terre. J’ai eu ce que je voulais savoir. Après, ce serait de la curiosité malsaine. C’est un parcours de résilience, que j’appelle un parcours de spiritualité, et c’est ce qui m’a sauvé. L’écriture a aussi joué un rôle essentiel. J’ai commencé par des romans, des textes humoristiques même, mais après il fallait que je parle et que je rende hommage à Elena. Maintenant, jusqu’à la fin des temps, Elena est dans ce livre qui lui est dédié. C’est mon guide et elle me donne même de l’inspiration. Le cerveau est un capteur, c’est comme un logiciel. Je pense qu’Elena me protège et c’est pour cette raison que je veux transformer ce que j’ai appris en allant vers les autres. Je suis en train de créer une association qui s’appelle « Vos anges gardiens ». J’ai mis du temps à peaufiner ce concept. L’objectif est d’aider quelqu’un dans son entourage. La grande souffrance des personnes âgées, aujourd’hui, c’est qu’elles n’ont personne autour d’elles. Il y a 500 000 personnes âgées qui sont seules et qui n’ont personne à qui parler, à l’exception du facteur… Chaque membre de l’association prend sous sa protection une personne âgée dans son quartier. Cela ne remplace pas les services sociaux, mais la personne rend visite à cette personne, elle lui téléphone, elle lui fait un petit cadeau de temps en temps, elle l’invite le jour de Noël… Si chacun de nous adoptait en quelque sorte une personne âgée, il y aurait beaucoup moins de souffrances autour de nous.

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