Pascal Descamps : « À l’époque de Saint-Louis, les étés étaient caniculaires et les hivers étaient glacials, c’était il y a peine 800 ans. »

L’astronome de l’Observatoire de Paris raconte le secret des étoiles…

Pascal Descamps est astronome à l’Observatoire de Paris et responsable du service de calculs astronomiques et de renseignements. Dans un ouvrage intitulé « 24 heures dans la vie des étoiles », il présente une approche très concrète de l’astronomie sur le calcul du temps, la météo, les saisons et les raisons de la vie sur Terre.

« 24 heures dans la vie des étoiles » de Pascal Descamps est publié par la Librairie Vuibert.

 

 

Kernews : En lisant votre livre, on comprend à quel point l’astronomie joue un rôle essentiel dans notre vie quotidienne…

Pascal Descamps : Oui, l’astronomie régit pas mal de choses dans notre vie quotidienne, comme le temps. On ne le sait peut-être pas, mais l’heure est quelque chose qui a été calculé par les astronomes. Le temps est encore relié à la rotation de la Terre, c’est ce qui nous donne la mesure du temps. Mais, malheureusement, la Terre ne tourne pas d’une façon aussi parfaite qu’on le voudrait. Elle ralentit légèrement, donc on a été obligé d’inventer une autre échelle de temps, qui ne ralentit pas, c’est le temps atomique, et nous devons relier les deux, le temps atomique et le temps basé sur la rotation de la Terre. Comme les deux ont tendance à se séparer l’un de l’autre, pour rattraper les deux, on rajoute une seconde dans le temps donné par la rotation de la Terre.

Quelques secondes d’écart sur plusieurs années peuvent avoir des conséquences très importantes…

Oui, cela peut avoir des conséquences énormes. Nous sommes à l’heure des GPS, tout fonctionne dans le millionième de seconde, y compris les transactions financières… Donc, c’est quelque chose qui est essentiel.

Vous devez aussi surveiller qu’une météorite ne nous tombe pas dessus…

C’est une crainte mesurée et réelle. C’est une prise de conscience qui a eu lieu il y a une vingtaine d’années. Or, on sait que cela s’est déjà passé dans l’histoire de la Terre, avec des grandes extinctions qui ont lieu il y a des centaines de millions d’années et l’on sait que cela va recommencer. Entre les grandes extinctions, il peut y avoir des accidents plus petits, qui n’entraînent pas une extinction globale, mais qui peuvent avoir des conséquences à l’échelle d’une nation, à savoir l’impact avec un objet céleste. Toute la problématique est d’inventorier tous ces objets, qui sont à des millions de kilomètres, ils sont proches de nous, et, à un moment donné, on peut prévoir que leur trajectoire va rencontrer celle de la Terre. Mais on ne les connaît pas tous. Les plus dangereux sont ceux que l’on ne connaît pas. Ce sont des astéroïdes qui font à peu près une centaine de mètres. On en détecte une dizaine dans une année, mais seulement quelques jours avant qu’ils ne se rapprochent de la Terre. Heureusement, ceux que nous avons détectés jusqu’à présent sont passés entre 10 000 ou 20 000 kilomètres de la Terre ou de la Lune. Ce n’est pas très éloigné, ce n’est vraiment rien à l’échelle de l’univers…. Mais, un jour ou l’autre, il y aura forcément un astéroïde de cette taille qui viendra s’écraser sur la Terre et ce sera alors une autre histoire !

L’Observatoire de Paris est un service public et on peut donc vous interroger sur tous les sujets…

Effectivement, en tant que responsable du service de calculs astronomiques et de renseignements. C’est un service de trois personnes. Nous recevons tous les types de questions, c’est le seul service de ce type en France. Je reçois des questions émanant d’institutions, de professionnels ou d’individus.

Vous avez même reçu une lettre demandant un calcul sur une constellation astrale à des fins de sorcellerie !

Oui, l’auteur me demandait une configuration astrale particulière.

La justice fait aussi appel à vous pour des enquêtes car, en regardant une photo, en fonction de l’ombre, vous arrivez à déterminer le jour et l’heure…

On peut le faire dans le cadre d’enquêtes ou même d’investigations menées sur des peintures. À partir d’une photo, dans le cadre d’une enquête, avec un minimum d’informations, comme la date et le lieu, je peux calculer l’heure exacte. Autre exemple : si j’ai la visibilité de la Lune, avec une date, je peux trouver d’où cette photo a été prise. On a ainsi découvert que le tableau de Van Gogh, « La nuit étoilée », a été peint à 4h40 précisément. Il y avait la connaissance du lieu, on savait que c’était quelque part en Provence et la seule inconnue était la date. Van Gogh a présenté dans cette peinture des astres, comme la Lune, une planète et des étoiles, tout l’exercice a été de retrouver la configuration astronomique correspondant à celle de la peinture. À partir de là, on a pu dater le tableau, avec une précision de quelques minutes, et trouver le lieu exact.

Vous êtes aussi en charge de calculer l’heure d’allumage des lampadaires pour les municipalités dans toute la France…

Oui. Pour des besoins d’économies d’énergie, les municipalités ont besoin de savoir à quel moment la luminosité baisse suffisamment. En effet, quand le Soleil se couche, il fait encore clair et il s’agit de savoir quelle est l’heure de ce que l’on appelle le crépuscule civil. Les municipalités nous demandent l’instant auquel on atteint ce crépuscule et cela leur permet de déclencher l’allumage public. Évidemment, cela change d’un lieu à l’autre.

C’est loin d’être anecdotique puisque l’on découvre que la lumière du jour peut avoir une heure de décalage entre Nice et la Bretagne…

Autour du 21 juin, l’effet est maximal, autour du solstice d’été, lorsque les jours sont plus longs. La Terre tourne autour du Soleil, mais elle ne tourne pas d’une façon droite, elle est inclinée, et, selon la position qu’elle va présenter au Soleil, cela va jouer sur la longueur de la durée du jour. Actuellement, dans l’hémisphère Nord, les jours les plus longs sont au voisinage de l’été parce que l’on est incliné vers le soleil, alors que c’est l’inverse dans l’hémisphère Sud.

Vous nous apprenez que c’est en janvier que la Terre est la plus proche du Soleil, alors que l’on aurait pu penser que c’est l’inverse…

C’est souvent ce que l’on pense, parce que c’est l’évidence, mais en astronomie on se méfie systématiquement des évidences… Effectivement, on a une intuition, mais ce n’est pas ça. La position où la Terre est la plus proche du Soleil, ce n’est pas celle qui correspond à l’été, parce que l’effet le plus important dans les saisons n’est pas la distance de la Terre au Soleil, mais l’inclinaison de la planète Terre dans l’espace. Si nous avions une Terre qui n’était pas du tout inclinée, les saisons seraient égales partout sur Terre, dans l’hémisphère Nord comme dans l’hémisphère Sud. Donc, il n’y aurait plus de saisons.

Vous savez déjà que dans des milliers d’années, la Terre connaîtra des étés caniculaires et des hivers glacials…

Effectivement, le mouvement de la Terre autour du Soleil est complexe. On sait que les déplacements qui se produisent dans ce mouvement de la Terre font que dans 10 000 ans à peu près, il y aura un moment où il y aura une coïncidence avec la date du solstice d’été, donc ce sera un facteur aggravant dans les températures. Quand tous les facteurs s’accumuleront, cela va provoquer effectivement des hivers très froids et des étés très chauds.

Vous annoncez aussi que les saisons que nous connaissons ne vont pas perdurer au cours des siècles prochains…

Oui, cette notion de printemps, été, automne et hiver n’est pas quelque chose d’immuable en astronomie. Ce que nous connaissons, ce n’est pas ce que connaîtront les générations futures, ou ce qu’ont connu les Égyptiens ou les Grecs… À l’époque de Saint-Louis, les étés étaient caniculaires et les hivers étaient glacials, c’était il y a peine 800 ans. On voit bien que les choses évoluent sur des échelles de temps long, de façon sensible, et pour certains phénomènes d’une façon assez rapide. Il y a un autre corps très important pour l’histoire de la Terre, et son futur : c’est la Lune. On sait que la Lune s’éloigne lentement de nous et, à un moment, elle sera tellement éloignée qu’elle n’aura plus la même action sur la Terre et nous connaîtrons des dérèglements climatiques très importants. La Terre pourra très bien partir dans tous les sens comme une toupie, elle pourra s’allonger sur son orbite… À ce moment-là, nous aurons une saison de six mois d’été et une saison de six mois d’hiver, mais c’est à une échelle de plusieurs millions d’années.

Autre conséquence : les jours seront plus longs…

Ce que l’on appelle la durée du jour, c’est le temps que met la Terre pour faire un tour sur elle-même. Actuellement c’est grosso modo 24 heures, mais comme la Lune s’éloigne, cela provoque le ralentissement de la Terre, donc la durée du jour augmente, et nous aurons une durée du jour qui pourra passer de 24 à 36 heures, avec toujours une moitié le jour et une autre moitié la nuit.

Dans le cadre de votre mission de service public, vous travaillez aussi avec la Grande mosquée de Paris, qui vous demande de calculer le début et la fin du ramadan en France…

Chaque année, avant le début du ramadan, la Grande mosquée de Paris nous demande par courrier de faire ce calcul. Nous recevons aussi des demandes d’associations ou d’individus. La règle pour déclencher le mois du ramadan, c’est la visibilité du premier croissant de Lune. C’est ce que nous devons calculer. Nous précisons aussi que dans le sud de la France, c’est un jour plus tôt.

On croit que la rupture du jeûne doit se faire lorsqu’il fait nuit, mais c’est plus complexe…

J’ai aussi découvert cela en travaillant sur ce sujet. La rupture du jeûne ne se fait pas au moment où le Soleil se couche, mais au moment où l’on voit la dernière lueur rouge à l’horizon. Il fait encore jour, on est encore dans une phase entre le jour et la nuit totale, c’est ce que l’on appelle le crépuscule : il y a le crépuscule civil et, ce qui intéresse les musulmans pour la rupture du jeûne, c’est le crépuscule nautique. La vraie information consiste à donner les instants du début du crépuscule nautique et non pas du coucher du Soleil.

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