La maire de Batz-sur-Mer dresse le bilan de son action à la tête d’une commune de 3000 habitants

Adeline L’Honen : « Tous les jours, les choses changent et toujours au détriment des petites communes. »

Au cours de ces derniers mois, notamment avec le mouvement des Gilets jaunes, on a beaucoup parlé de la « France oubliée » et l’on a souvent entendu des maires ruraux se plaindre d’une politique dictée par Paris qui ne favoriserait que les métropoles. Qu’en est-il sur notre presqu’île ? Adeline L’Honen, maire de Batz-sur-Mer, évoque ce sujet sans langue de bois, en reconnaissant qu’il s’agit d’une bataille permanente. Son premier adjoint, Jean-Claude Lemasson, souligne que « le maire est en quelque sorte le patron d’un conseil d’administration d’un grand service public, il doit savoir mobiliser les équipes, avoir une vision et savoir la faire partager. Après, il faut mettre en musique l’ensemble de la programmation que l’on a proposée à nos concitoyens. Ce qui est important, c’est de réfléchir à l’avenir de la commune, mais à une échéance beaucoup plus lointaine qu’un seul mandat ». Il ajoute : « Sur le plan financier, la situation de la commune est saine. Nous avons eu des difficultés au début du mandat, parce que nous n’avions plus de trésorerie et nous avions un fonds de roulement négatif. Comme les deux premières années d’un mandat sont des années de préparation, nous avons consacré nos ressources pour financer les travaux programmés au cours de l’ancienne mandature. Aujourd’hui, nous avons une surface financière convenable, malgré la réduction des dotations de l’État ».

Adeline L’Honen sur Kernews

Kernews : Nous sommes dans une région attractive. Toutefois, en tant que maire d’une petite commune, n’avez-vous pas le sentiment de faire partie des maires de cette « France oubliée » ?

Adeline L’Honen : Bien évidemment, nous faisons partie de cette « France oubliée » des pouvoirs publics ! Et je peux donner trois exemples. La Poste va fermer, c’est un service public en moins, même si le service va être repris partiellement par un commerçant. Le distributeur de billets est quelque chose de primordial, puisque nous n’avons plus d’agence bancaire depuis un certain nombre d’années et, si l’on veut que les commerces fonctionnent, c’est extrêmement important. Nous devons avoir un distributeur de billets. Nous avons longuement négocié avec le Crédit Mutuel pour qu’ils conservent la présence d’un distributeur de billets. Nous avons dû racheter leur local pour qu’en contrepartie ils conservent le distributeur pendant au moins cinq ans. Voilà où nous en sommes aujourd’hui : quand vous êtes maire, vous devez être aussi négociateur ! Pour La Poste, c’est la même chose. Quant à la désertification médicale, contrairement à ce que vous pouvez penser, nous avons aussi cette problématique à Batz-sur-Mer. Nous avions trois médecins il y a quelques années, mais nous n’en avons plus qu’un seul. Et, comme toutes les autres communes, nous avons beaucoup de mal à trouver des jeunes qui aient envie de venir s’installer. Pourtant, nous sommes sur un territoire dynamique, nous avons un cadre de vie exceptionnel… Mais aujourd’hui, tout le monde veut s’installer dans les métropoles…

La fonction de maire en 2019 est-elle différente de celle que vous auriez pu imaginer il y a vingt ans ?

Très certainement, même si je n’ai pas été maire à cette époque. Cette fonction a beaucoup changé du fait de toutes les réformes que nous avons eues au cours de ce mandat, puisque de nombreuses compétences ont été transférées à Cap Atlantique. Cependant, nous nous sommes battus pour conserver l’autonomie de la promotion touristique. Cela fait partie de mes fiertés et, aujourd’hui, le résultat nous confirme cette bonne décision. C’est un choix qui a aussi été fait par la maire du Croisic, nous ne nous étions pas concertés, et nos partenaires sont ravis des résultats. Il ne faut pas oublier que lorsque les commerces disparaissent, les valeurs des biens privés diminuent également. Tous les jours, les choses changent et toujours au détriment des petites communes. Mais les responsabilités ne diminuent pas ! Elles sont toujours aussi présentes sur le plan juridique et pénal. En 2019, pour être maire, je dis qu’il vaut mieux avoir une solide expérience du travail en équipe, car il faut travailler avec les élus, mais aussi avec les services. Il faut également avoir une expérience dans l’étude et la conduite de dossiers sensibles, comme l’obtention de fonds européens, ce que nous avons réussi à avoir pour la dune de la falaise et l’ancienne gare. Mais il ne faut jamais oublier l’objectif premier, qui est de travailler pour l’intérêt général et non pas pour l’intérêt particulier. On sait bien qu’aujourd’hui, prendre des décisions dans l’intérêt général n’est pas forcément bien vu par tous les concitoyens. Enfin, plus que jamais, un maire doit savoir prendre du recul tout en gardant le cap. Mais c’est un très beau mandat ! J’ai été au Conseil régional pendant deux mandats, j’ai pu avoir l’expérience des grands dossiers et c’était très intéressant. Mais la fonction de maire reste celle qui est la plus proche de la vie quotidienne de nos citoyens.

Dans une commune de 3000 habitants, le maire doit généralement tout faire, alors que dans une ville de 500 000 habitants, un cabinet s’occupe de tout et le maire exerce surtout une fonction représentative. Qu’en pensez-vous ?

La gestion d’une commune de 500 000 habitants n’a rien à voir avec celle d’une commune de 3000 habitants !  D’abord, parce que nous n’avons pas les mêmes effectifs, et dans une commune de 3000 habitants, le maire est joignable 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. On doit résoudre tous les soucis. J’ai l’habitude de me promener avec mon carnet, de noter ce qui ne va pas et de transmettre ensuite l’information au service concerné. Il m’arrive aussi de mettre la main à la pâte comme chaque membre de mon équipe le fait aussi. Un mandat de maire exige une grande disponibilité, car il faut gérer ce qui se passe dans la commune, mais aussi au niveau de l’intercommunalité, et il faut être présent parce qu’il s’agit de l’avenir de la commune au sein de la communauté d’agglomération. Il faut aussi être présent dans les différents réseaux ; car on ne peut plus se contenter du territoire communal. Il faut travailler sur un territoire beaucoup plus large. Nous sommes membres de l’Association nationale des élus du littoral, de l’Association des petites villes de France et de l’Association des petites cités de caractère. Je siège au conseil d’administration de l’Association des petites villes de France et de l’Association des petites cités de caractère, ce qui demande davantage de disponibilité, mais il faut y être pour faire avancer toutes les communes dans le même sens.

Quel bilan dressez-vous de votre mandat ?

Nous avons présenté notre bilan dans le bulletin municipal de novembre dernier et tous nos concitoyens ont pu en prendre connaissance. L’avenir d’une commune passe par une vision responsable du développement à long terme, qui garantit l’équilibre entre la spécificité environnementale du territoire communal et la nécessité d’une activité commerciale forte. Nos préoccupations majeures concernent la sauvegarde environnementale. Nous l’avons fait avec la mise en place d’un périmètre de protection des terres agricoles et nous avons eu raison de le faire, parce qu’aujourd’hui un jeune maraîcher a pu s’installer et un jeune éleveur d’ovins est en cours d’installation. Nous avons également un apiculteur. Nous avons d’autres demandes aussi. Nous avons également redonné sa fonction d’espace naturel protégé à la dune de la falaise, car je rappelle que c’était un terrain en friche qui est extrêmement riche en diversité. C’est un site superbe qui risquait d’être bétonné à moyen ou à long terme. Là aussi, il fallait intervenir pour obtenir des subventions européennes. Nous avons eu par ailleurs une volonté forte de renforcer les programmes d’habitat avec une part de logements sociaux. Nous avons complètement renégocié la convention signée pour le quartier de La Pigeonnière et, finalement, je suis heureuse, car tous les lots ont été vendus très rapidement. Pour le bâtiment en accession à la propriété sociale, tout a été vendu aussi. Nous avons supprimé les locaux commerciaux qui étaient prévus à cet endroit, car nous estimions que c’était contradictoire avec la volonté de développer les commerces dans le centre bourg. Nous avons atteint notre objectif, puisqu’un certain nombre de jeunes couples se sont installés dans ce quartier et des enfants vont aller à l’école à Batz-sur-Mer. Nous avons également acquis une salle communale de 90 mètres carrés qui sera mise à la disposition des associations afin de créer du lien dans ce quartier. Nous avons beaucoup travaillé pour relancer l’activité commerciale dans le centre bourg et cela marche car des commerces ouvrent à nouveau dans des rues désertées. Je suis également très fière d’arriver à la signature du permis de construire des logements intermédiaires que nous avons choisi de destiner en priorité aux personnes âgées comme promis. Cela a été très long, car les délais administratifs sont horriblement longs, vous avez toujours l’épée de Damoclès du recours d’un citoyen mais, aujourd’hui, je peux dire que ces logements se feront. Je suis aussi très attachée à la sécurité des personnes et des biens. Dans ce chapitre, il y a évidemment la santé, avec le projet de la maison de santé. Nous avons travaillé avec les professionnels de santé afin qu’elle soit agréée par l’ARS (Agence régionale de santé). C’est un projet situé au centre bourg en proximité avec les services et les commerces. Nous allons aussi créer quelques logements pour les jeunes couples afin de favoriser l’entraide intergénérationnelle. Enfin, nous pouvons être très fiers de notre politique culturelle tout au long de l’année, avec des événements pour tous les âges, tous les goûts, mais surtout nous en garantissons l’accès gratuit. Récemment, nous avons aussi voté la gratuité de l’accès à la médiathèque pour tous les habitants de Batz-sur-Mer, principaux ou secondaires.

Qu’en est-il de la fibre optique ?

Nous sommes au même régime que toutes les communes et c’est SFR qui va opérer à Batz-sur-Mer, puisque le territoire a été réparti au niveau national. Les premières armoires ont été posées. Donc, c’est en bonne voie pour 2020.

Enfin, quels sont vos projets pour les prochaines années ?

Je n’ai pas pris ma décision ; J’hésite toujours entre la passion et la raison.

1 commentaire sur La maire de Batz-sur-Mer dresse le bilan de son action à la tête d’une commune de 3000 habitants

  1. Quand prendrez vous enfin la décision d accepter que Sos médecin intervienne à batz sur mer. Beaucoup de gens vivent seuls à tous âges ce ne serait pas un luxe de vous engager aux noms des habitants de la commune dont vous êtes responsable.sable pour l instant. Merci pour nous tous

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