Francis Bergeron : « L’île de Ré, c’est mort dix mois par an, alors qu’ici il y a une vie toute l’année ! »

Un Baulois à la tête d’un quotidien national.

Il existe seulement neuf quotidiens nationaux en France : Le Figaro, Le Monde, L’Équipe, Aujourd’hui en France, Les Échos, L’Opinion, La Croix, L’Humanité et Présent. Francis Bergeron, qui partage sa vie entre Paris et La Baule, est à la tête du quotidien Présent, un journal moins connu du grand public, mais distribué dans tous les kiosques en France. Francis Bergeron, qui est un amoureux de La Baule depuis de nombreuses années, est aussi écrivain et scénariste de bandes dessinées, dont la série « Le Clan des Bordesoule ».

Lien vers le quotidien Présent

Kernews : Présent est un quotidien national qui existe depuis plusieurs décennies. C’est un titre connu dans le monde journalistique, mais un peu moins auprès du grand public puisqu’il n’a pas la notoriété du Monde ou du Figaro. Pouvez-vous nous présenter le journal ?

Francis Bergeron : Présent a été lancé le 1er janvier 1982. C’est l’histoire d’un journal qui s’est créé à l’initiative d’un petit groupe d’hommes, parmi lesquels le journaliste François Brigneau, l’éditorialiste catholique Jean Madiran et un avocat parisien qui s’appelait Georges-Paul Wagner, qui deviendrait député Front national un peu plus tard. Ces hommes ont voulu créer un quotidien qui se situe à la droite du Figaro, grosso modo, et ils ont réussi leur entreprise sans capitaux et sans financiers derrière eux. Il n’y a pas de grands pontes de la finance derrière, mais simplement des lecteurs qui ont souscrit à un pré-abonnement en 1982 : il y a eu 6000 lecteurs et l’aventure de Présent a commencé de cette manière.

Dans les revues de presse, il est souvent évoqué comme un quotidien d’extrême droite…

Nous récusons évidemment ce terme, puisque nous dénonçons les extrémismes. Ce qui est certain, c’est que nous sommes orientés à droite, c’est très clair. Dans notre public, il y a un certain nombre de monarchistes qui ne votent pas, mais aussi un public qui vote à droite pour Laurent Wauquiez, Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen. Alors, où finit la droite dite de gouvernement ? Où commence l’extrême droite ? Je ne sais pas trop… Je dis simplement que Présent est un quotidien d’opinion, comme La Croix ou L’Humanité. La seule différence, c’est que L’Humanité est lié au Parti communiste, alors que nous ne sommes liés à aucun parti, mouvement, ou courant spécifique. Simplement, nous nous définissons comme patriotes et catholiques. Alors, est-ce être d’extrême droite que d’être patriotes et catholiques ? Si tel est le cas, cela montrerait une espèce de dérive des concepts assez inquiétante !

Contrairement au Rassemblement national, sur le plan économique, vous êtes plutôt libéral…

Pour ce qui me concerne, en tout cas, puisque je viens du monde de l’entreprise. Je sais comment marchent les entreprises et je ne suis absolument pas partisan de systèmes dirigistes ou étatiques ! J’ai cru comprendre que les systèmes dits d’extrême droite étaient en général des systèmes qui plaçaient l’État tentaculaire au centre. Sur le terrain économique, nous sommes assez clairs : nous sommes pour la libre entreprise, les petites et moyennes entreprises d’abord, et nous ne sommes absolument pas sensibles à des thèses étatistes et fiscalistes.

Aujourd’hui, la presse papier constitue-t-elle un dernier havre de liberté d’expression que l’on ne peut pas attaquer ?

Oui. En raison de la loi Bichet, les nouveaux outils de communication, avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont théoriquement des outils du même type que le téléphone, c’est-à-dire accessibles à tous, mais on assiste en ce moment à une sorte d’embrigadement de ces outils pour leur donner une certaine orientation visant à mettre en cause les frontières, tout comme le patriotisme, considéré comme une segmentation de ce monde ouvert à tous vents. Et cette dérive est très inquiétante. L’avantage de la presse papier, aujourd’hui en tout cas, avec la réglementation actuelle française – qui date de l’après-guerre et qui avait pour but d’empêcher le Parti communiste de censurer la presse écrite – c’est que, pour l’instant, nous sommes à égalité dans les kiosques avec les autres quotidiens, dont ceux de Xavier Niel, Matthieu Pigasse ou Patrick Drahi… Je ne dis pas que nous connaîtrons toujours cette liberté, parce qu’il y a des projets de restructuration dans l’organisation de la distribution de la presse, qui pourraient aboutir à remettre en cause cette égalité dans la distribution : égalité entre les gros et les petits, égalité entre les riches et les pauvres journaux… Tout cela risque d’être mis en cause pour des raisons de rentabilité. Il y a aussi des raisons idéologiques car, pour faire avaler au peuple l’immigration massive et les phénomènes de grand remplacement, une espèce de censure est réclamée, avec des sortes de polices de la pensée qui vérifieraient la bonne tenue des journaux dans le politiquement correct. Ce sont des évolutions très préoccupantes.

Pour le moment, en France, vous pouvez écrire ce que vous voulez…

Bien entendu, tant que l’on respecte les lois et que l’on n’incite pas à la haine, ce qui est tout à fait normal évidemment. Cependant, nous devons être vigilants. Nous devons nous faire entendre et nous devons être très présents dans les lieux de distribution de la presse, parce qu’à un moment donné on risque d’avoir une redistribution des cartes en fonction du poids de chaque journal.

Votre quotidien est de droite et catholique. Qu’apportez-vous de différent à vos lecteurs ?

Avec les Gilets jaunes, il y a une révolte des classes moyennes, une révolte de l’homme de la rue… On voit bien des personnes âgées, des étudiants et des commerçants dans les rues. Ces gens manifestent parce que dans l’environnement médiatique, on est souvent dans l’entre-soi. On observe cela dans les débats sur France Info ou BFM, notamment. Ce sont des gens qui sont de connivence. Il y a assez peu d’esprits libres ! Il peut y avoir un Zemmour de temps en temps mais, globalement, c’est la pratique de l’entre-soi. Cette révolte des Gilets jaunes est une réaction à tout cela. Nous avons une petite équipe de rédaction, nous n’avons pas de reporters qui sillonnent le monde. Maintenant, les grands supports achètent des reportages auprès des agences et il n’y a pratiquement plus de reporters attachés à tel ou tel titre. Ce n’est pas dans Présent que l’on va lire effectivement un reportage extraordinaire réalisé à l’autre bout du monde… Cependant, on va y trouver un commentaire de l’actualité, avec des analyses et de nombreuses interviews de gens à qui l’on ne donne pas la parole habituellement.

Aujourd’hui, certaines vidéos sur YouTube obtiennent des audiences supérieures à celles de la télévision traditionnelle, ce qui montre bien que les Français recherchent des commentaires d’un autre niveau…

Il y a des sites qui ont beaucoup de succès, comme TV Libertés, qui fait un peu le même travail que nous dans le domaine de l’audiovisuel. Il y a Radio Courtoisie dans le domaine de la radio, mais aussi des sites comme Boulevard Voltaire ou le Salon Beige. Ce sont des points de relais qui permettent d’avoir accès à une information non conformiste et à une autre analyse sur tous les événements. C’est ce que nous faisons dans le domaine de la presse écrite quotidienne.

Quel est votre public ?

L’audience d’une télévision comme TV Libertés est bien plus importante que nous. Nous avons 10 000 lecteurs, simplement nous donnons la parole à des personnalités souvent marginalisées comme Laurent Obertone, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers ou Éric Zemmour. Nous concrétisons sur le papier la valeur des messages de ces gens-là. C’est ce qui fait l’originalité de notre engagement.

On dit souvent que la presse papier est en train de disparaître, on constate toutefois qu’il y a toujours des jeunes qui continuent de fréquenter la presse écrite…

Internet fait beaucoup de mal à la presse écrite, mais peut-être moins aux quotidiens qu’aux hebdomadaires. L’hebdomadaire a une périodicité extrêmement embêtante par rapport à l’instantanéité de l’information ! Vous avez la revue qui va analyser en profondeur les phénomènes de société et le quotidien qui arrive juste après la radio et la télévision. La chance d’un quotidien, c’est d’arriver au J + 1. Il ne faut pas imaginer que nous sommes concurrents de la radio ou de la télévision : nous partons de l’idée que nos lecteurs connaissent généralement l’événement dont on va parler, nous en rappelons les grandes lignes, après, nous le commentons, nous le remettons dans son contexte et nous montrons à nos lecteurs que cet événement se situe dans un ensemble plus vaste. C’est un travail de journaliste qui se situe davantage dans l’analyse à chaud.

Êtes-vous parfois en désaccord avec votre lectorat ? Par exemple, au moment de la guerre du Golfe, vous étiez contre…

Cela arrive ! Il faut être fidèle à ses convictions et il faut aussi accepter le débat. Par exemple, au sein de l’Église catholique, au moment de Monseigneur Lefebvre, il y a eu des courants plus proches de l’Église officielle et d’autres plus proches de Monseigneur Lefebvre. Les positions étaient extrêmement tranchées… C’est un peu dommage et nous devons habituer nos lecteurs à débattre lorsqu’il y a des doutes. Il y a eu aussi l’affaire de Margaret Thatcher avec l’Argentine, où certains journalistes soutenaient le gouvernement argentin, tandis que d’autres soutenaient l’intervention de Margaret Thatcher. C’est un effort de formation de notre public et nous devons l’amener à accepter le débat. Ce fut le cas au moment de l’affaire Le Pen – Mégret, ou dans cette concurrence entre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Nous ne sommes pas le journal d’un parti, nous ne sommes pas le journal d’une Église, nous sommes un journal patriote et d’inspiration catholique. Nous avons eu récemment un débat au moment de la mort de Johnny Hallyday. Nous avons voulu montrer que cet événement était aussi une messe qui se situait dans un contexte franco-français, avec la présence de l’Église, au moment de la cérémonie à la Madeleine. Or, beaucoup de lecteurs n’étaient pas contents, rappelant que Johnny était un pervertisseur de la jeunesse et qu’il cassait des fauteuils en 1962… Les blousons noirs et les chaînes de vélos, c’est resté dans l’inconscient de nos lecteurs les plus âgés ! Mais il ne faut pas être binaire dans ce genre de situation. Nous devons être ouverts au dialogue pour montrer les évolutions de la société. Maintenant, il y a des thèmes sur lesquels il est hors de question de transiger, notamment tout ce qui concerne la bioéthique ou le communisme. Je ne vois pas pourquoi l’on cesserait de condamner le communisme au motif que l’on fait des affaires avec la Chine…

Enfin, pouvez-vous nous parler de La Baule ?

Dans ma jeunesse, j’ai passé toutes mes vacances à Pornichet. Mes cousins plus à l’aise allaient à La Baule et nous allions à Pornichet… Cette plage magnifique, c’est toute mon enfance et je suis très content de renouer avec la presqu’île grâce à l’acquisition d’une petite maison située près de la gare de La Baule. J’adore cette ville. Je suis assez lié avec le général de Zuchowicz, adjoint au maire. En plus, c’est une ville formidable, parce qu’il y a La Baule +, Kernews, le Festival du livre, le Festival des musiques de films… C’est une vie absolument incroyable que l’on ne retrouve pas à l’île de Ré, que je connais très bien aussi. L’île de Ré, c’est mort dix mois par an, alors qu’ici il y a une vie toute l’année ! En plus, sur le plan culturel, La Baule est une ville formidable !

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