L’Océarium du Croisic, engagé plus que jamais pour les océans

Il y a quelques décennies, les visiteurs d’un aquarium recherchaient les attractions les plus spectaculaires, avec des gros poissons et des méchants requins, mais c’était aussi l’époque des « Dents de la mer ». Aujourd’hui, les préoccupations ont évolué et l’on a davantage envie de se cultiver sur ce monde marin qui reste encore mystérieux. Les préoccupations écologiques nous ont aussi permis de prendre conscience qu’il s’agissait d’un univers fragile et qu’il est du rôle de chacun de protéger notre environnement littoral. Dans ce domaine, la démarche de l’Océarium du Croisic constitue un exemple, car le site a su évoluer vers une approche pédagogique tout en conservant son côté attractif et parfois sensationnel. Depuis plusieurs années, l’équipe de L’Océarium du Croisic mène un travail remarquable en faveur de la reproduction des espèces. Stéphane Auffret, directeur de l’Océarium du Croisic, explique sa démarche : « Nous avons accentué nos efforts sur tout ce qui est reproduction. Nous avons envoyé des personnes de notre équipe en formation dans différents établissements, parce que c’est un secteur qui nous intéresse, qui est en devenir, et nous avions aussi des choses à apprendre. L’objectif est également de créer des nouveaux réseaux pour faire des échanges de géniteurs et d’espèces. » Par exemple, « on travaille beaucoup sur la reproduction des raies. Nous avons un joli bassin avec une centaine de spécimens et, cette année, nous avons eu plusieurs portées avec une trentaine de petites raies. Cela nous a donné l’idée de créer un nouveau bassin plus petit et plus facile à gérer, notamment pour le nourrissage, car il faut s’occuper des nouveau-nés comme des bébés. Il faut les nourrir cinq à six fois par jour et cela demande beaucoup de travail… » Les aquariums sont aussi des lieux uniques pour l’étude des animaux marins en milieu protégé et l’Océarium du Croisic a développé des partenariats avec des organismes de recherche tels que l’IFREMER (Institut Français de recherche pour l’exploitation de la mer), l’IRD (Institut de recherche pour le développement) ou des universités. En effet, le site du Croisic est idéal pour étudier et protéger les océans : « Nous avons une situation géographique privilégiée. Nous sommes dans un port de pêche et cela fait pratiquement 50 ans que nous faisons ce métier. Ainsi, nous avons vu l’évolution des écosystèmes, de la ressource et des espèces en général. Le premier homard que nous avons reproduit date de 1979, donc c’est quelque chose qui nous a toujours intéressés… »

Un budget dédié à la protection des espèces et des océans.

La direction de l’Océarium du Croisic a compris que les visiteurs venaient découvrir les différentes espèces marines et qu’il était aussi de son devoir de les protéger : « Nous dégageons des budgets chaque année, au niveau local comme international, puisque nous finançons des opérations de sauvegarde ou de conservation dans différents pays, comme en Afrique du Sud, à Cuba ou au Sri Lanka. Cela peut être pour des manchots ou des tortues marines. En interne, nous avons aussi quelqu’un qui ne s’occupe pratiquement que de la reproduction et des nombreux échanges que nous avons avec nos confrères français et européens ». Comme dans tout domaine qui touche la recherche, les échanges sont essentiels : « Le monde des aquariums est assez restreint. Il y a une centaine d’aquariums en Europe et nous nous connaissons pratiquement tous. Je fais partie du réseau depuis 30 ans, certains sont plus que des collègues, ce sont devenus des amis, et nous échangeons pour différentes raisons. Lorsque l’on a un problème technique, on pose une question à des collègues, on peut aussi chercher des géniteurs, il y a d’excellents échanges, pas trop de compétitions, et il ne se passe pas une journée sans que l’on ait un contact, puisque nous faisons partie d’un réseau qui nous permet d’avoir des données sur des dizaines d’espèces. Nous échangeons sur leur croissance ou sur leur reproduction, et cela fonctionne très bien » ajoute Stéphane Auffret.

Une attente d’information des visiteurs.

La demande du public est de plus en plus forte. Chaque jour, les soigneurs doivent répondre à des centaines de questions et l’objectif de l’Océarium du Croisic est aussi d’être un lieu qui permette à toutes les générations d’apprendre beaucoup de choses : « Nous faisons pratiquement une animation par heure en été. On informe les visiteurs sur la biologie des animaux, sur leur répartition géographique… Nous avons toujours été sur cet axe, parce que nous aimons cela. Le contact avec le public nous permet aussi d’apprendre sur les attentes des nouvelles générations, parce que les publics ont changé : dans les années 70, les visiteurs voyaient le monde marin d’une façon différente, alors qu’aujourd’hui tout le monde est conscient du changement climatique et de cette évolution de la nature ». C’est finalement ce travail pédagogique qui a contribué à faire évoluer les mentalités en Europe : « Il y a une prise de conscience et de nombreuses réglementations. Les pêcheurs ne peuvent pas pêcher n’importe quoi n’importe comment, car la ressource est très fluctuante. Avant d’alerter les médias, il faut toujours faire attention, il y a peut-être une diminution de telle ou telle espèce, mais on s’aperçoit qu’elle revient quelques années plus tard, c’est l’océan qui veut cela… Dans l’ensemble, les gens sont plus respectueux du milieu en règle générale. Mais il faut bien se dire que c’est en Europe. Quand je voyage, j’observe que ce n’est malheureusement pas du tout une priorité dans beaucoup de pays. Si, en Europe, il y a une prise de conscience, ce n’est pas une priorité pour beaucoup de pays, notamment en Asie du Sud-Est ou en Afrique, où la préoccupation est de pouvoir se nourrir chaque jour. Il y a un gros travail à faire au niveau de la planète, alors qu’il y a une réelle prise de conscience dans les pays occidentaux. On parle beaucoup des plastiques, c’est quelque chose de très important parce qu’il y a encore un gros travail pédagogique à mener. En Asie, dans certains pays pauvres, on n’en est même pas encore à ramasser les ordures, donc tout part dans la nature et dans les fossés. Mais il faut quand même être optimiste, car nous sommes là aussi pour les aider » conclut Stéphane Auffret. Chaque année, le site évolue, l’entrée a été modernisée, avec une très belle statue, le confort de visite a été retravaillé avec la mise en ligne d’une application, en français et en anglais, qui permet d’avoir des explications sur l’Océarium via son smartphone, avec 200 fiches d’espèces de poissons, mais aussi les horaires des animations. Cette année, l’Océarium du Croisic présente une exposition impressionnante de photographies sur le thème de la pollution, réalisées par la Fondation Surfrider 44, qui permet d’apprendre beaucoup de choses, comme le fait qu’un mégot de cigarette pollue jusqu’à 500 litres d’eau… Une visite toujours aussi captivante !

Océarium du Croisic, avenue de Saint Goustan au Croisic. Tél. 02 40 23 02 44. Ouvert de 10h à 20h.

Stéphane Auffret sur Kernews

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