Simone Wapler : « La fiscalité juste, c’est la fiscalité qui est au service des droits naturels de chacun, ce n’est pas une fiscalité qui est au service de tel ou tel lobby, d’une idéologie quelconque ou du climat. »

C’est le nouveau livre choc de Simone Wapler qui s’adresse à tous ceux qui demandent aux élus : « Qu’est-ce que vous faites du pognon ? » Impôt sur le revenu, CSG, CRDS, IRPP, TVA, TICPE, taxe sur les produits pétroliers et énergétiques, ISF ou IFI, cet ouvrage amène à comprendre la finalité de nos impôts et comment fonctionne leur redistribution. En exposant les grandes théories fiscales, il permet de décrypter l’actualité, d’expliquer le sentiment d’injustice face à l’impôt et de saisir le sens des événements récents, notamment avec le mouvement des Gilets jaunes. Simone Wapler est convaincue que nous sommes au bord d’une guerre civile. Rappelons que Simone Wapler est résidente secondaire à La Baule. Ingénieure de formation et journaliste financière, elle est notamment l’auteure de « Pourquoi la France va faire faillite ».

« La rage de l’impôt. Matraquage, révolte fiscale : comment y remédier » de Simone Wapler est publié chez Larousse.

Kernews : La rage de l’impôt, c’était la colère des Gilets jaunes au départ. Toutefois celle-ci a duré 48 heures puisque, la semaine suivante, les Gilets jaunes ont demandé plus d’impôts, mais pour les riches…

Simone Wapler : On a eu l’épisode Gilets jaunes qui faisait suite à l’épisode des Bonnets rouges… On avait tous les bons ingrédients d’une révolte fiscale, c’est-à-dire un impôt levé très brutalement, du jour au lendemain, qui touche à une liberté essentielle en province, qui est la liberté de se déplacer. Quand vous habitez en zone rurale, vous avez vos enfants dans l’école d’un autre village et vous travaillez dans un autre endroit, vous faites bien vos 50 kilomètres par jour, vous roulez au diesel, à cause de l’autonomie, ensuite parce que c’est moins cher, et il y a eu aussi des incitations pour rouler au diesel. Tout d’un coup, le pouvoir central parisien vous dit que le diesel c’est mal et il instaure une taxe. Les Gilets jaunes ont vu rouge… Et 48 heures plus tard, le mouvement se structure et tout se termine avec un discours d’Emmanuel Macron qui distribue 10 milliards d’euros en dix minutes. En réalité, c’est 10 milliards de fiscalité en plus pour les contribuables ! Tout a commencé par le ras-le-bol de la fiscalité, mais cela s’est terminé par plus d’impôts et plus de prélèvements.

Vous commencez votre livre par cette interrogation centrale : pourquoi acceptons-nous de payer des impôts ? Lorsque l’on pose cette question, les gens répondent toujours en évoquant des services qui sont payés par des cotisations spécifiques, comme la sécurité sociale. Qu’en pensez-vous ?

Grâce aux Gilets jaunes, nous avons eu une note de Bercy très intéressante, qui a été un effort de communication, qui montrait, poste par poste, à quoi servaient 1000 euros de dépense publique. Attention, dans la dépense publique, il n’y a pas que des impôts, il y a aussi de la dette, puisque les régimes successifs n’ont jamais pu adapter les recettes fiscales aux dépenses fiscales. Théoriquement, les gens doivent accepter de payer des impôts pour financer ce que l’on appelle, à tort d’ailleurs, les missions régaliennes de l’État, que l’on devrait appeler les missions légitimes de l’État. Il s’agit de la police, de la justice, de l’armée et de la diplomatie. Tout cela vient du fond de l’humanisme, d’une longue réflexion des philosophes, en passant par la Révolution française, qui consiste à dire que ces missions régaliennes sont dans l’intérêt de tout le monde : la police doit être la police de tout le monde, la justice doit être la justice de tout le monde et l’armée et la diplomatie doivent servir à tout le monde, sans exception.

Vous n’avez pas cité l’éducation parmi les missions régaliennes, alors que vous auriez pu faire la distinction entre le financement et l’exploitation. L’État doit financer et exploiter la justice, la police, l’armée et la diplomatie, mais il doit simplement financer l’éducation. Qu’en pensez-vous ?

C’est intéressant. On pourrait très bien concevoir que pour l’éducation, comme cela se fait dans beaucoup de pays, l’État ait un droit de regard en imposant des programmes, mais qu’ensuite l’éducation soit déléguée. Il y a une idée que j’expose : la France est championne du monde des impôts, mais nous ne sommes pas le pays le plus riche et le plus développé, donc il y a des gens qui font mieux que nous ! Curieusement, la politique fiscale est un service qui ne s’inspire absolument pas des meilleures pratiques. On ne regarde jamais ce qui se fait de bien ailleurs, puisque l’on estime que tout est parfait en France… Il y a un quasi-monopole de l’Éducation nationale, puisque même le secteur privé doit appliquer les programmes définis par l’État centralisé. Mais, parallèlement, le classement de la France s’effondre dans le classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). Pourtant, il y a des pays qui ont été confrontés aux mêmes problèmes, qui ont mis en place le Bon Éducation et qui s’en sortent très bien. Concrètement, chaque établissement scolaire reçoit une aide de l’État en fonction du nombre d’élèves inscrits, ainsi on remet de la concurrence dans le système et cela fonctionne mieux. Que l’on ne me dise pas que c’est pour les riches, puisque vous avez une association très intéressante, Espérance Banlieues, qui ouvre des établissements privés dans des banlieues en difficultés et qui demande 50 euros par mois et par enfant. Les résultats sont excellents et les inscriptions sont nombreuses. C’est une expérience récente et les premiers résultats sont excellents. Donc, il faut distinguer l’exploitation du financement.

Se soumettre à l’impôt, c’est abandonner une partie de ce que nous avons légitimement acquis. Mais même dans le système privé, lorsque vous assurez votre maison, vous payez en quelque sorte une taxe pour protéger votre bien…

Vous avez le choix de l’assureur et vous payez pour un service.

Mais la police est un risque dont le coût est mutualisé par l’impôt…

C’est intéressant, car les missions régaliennes de l’État sont légitimes parce qu’elles servent l’intérêt public. L’intérêt public, ce n’est pas tout et n’importe quoi : c’est l’intérêt de tout le monde, le riche comme le pauvre, le jeune comme la personne âgée…

L’intérêt public, c’est que la part de fiscalité pour payer la police est la même selon que vous habitez dans une région où il y a peu de délinquance, comme à La Baule l’hiver, ou dans une banlieue difficile… S’il s’agissait d’une assurance privée, votre cotisation police serait moindre à La Baule qu’en Seine-Saint-Denis…

Oui, mais il y a quand même deux aspects. D’abord, ces missions légitimes ne sont pas des missions lucratives. L’État n’est pas censé gagner de l’argent avec la police, la justice, la diplomatie ou l’armée. Le rôle de ces fonctions est d’être au service de tout le monde et de la même façon. Mais on peut aussi réfléchir au rôle de la police : par exemple, des policiers qui escortent des cortèges officiels, des policiers qui font des heures de vol stationnaire pour protéger le G7, des policiers qui protègent les résidences privées de certains élus quand les Gilets jaunes arrivent à Paris… Or, cette même police refuse de prendre une plainte pour un vol de vélo dans un commissariat… Alors, ce n’est pas une police au service du bien public, mais une police au service du pouvoir. Le consentement à l’impôt n’est pas forcément toujours naturel. Il est facile quand on est dans une mission légitime et il est facile quand ces missions sont bien assumées. Dès que l’on s’aperçoit qu’il y a une police qui protège le pouvoir, mais pas l’individu lambda, et qu’une armée fait des opérations extérieures et n’est pas au service de la défense du territoire, avec une justice qui lambine pour des cas qui pourrissent la vie de tout le monde en nous expliquant qu’il n’y a pas assez de moyens, tout cela pourrit le consentement à l’impôt…

Le premier chapitre de votre livre s’intitule « Que faites-vous du pognon ? » Chacun a sa réponse et personne n’est d’accord. Par exemple, sur l’accueil des migrants, certains sont convaincus qu’il incombe à l’État de le prendre en charge, tandis que d’autres estiment que ce n’est pas l’État de le faire…

Dans l’accueil des migrants, on est loin des missions régaliennes de l’État, on est dans l’idéologie : si l’on finance cela avec de l’argent public, on affecte de l’argent à l’idéologie. Il y a beaucoup de problèmes qui pourraient être résolus par le principe de la subsidiarité en demandant aux gens s’ils sont d’accord à l’échelon local. À l’origine, la République française était un État modeste, la République se voulait modeste et les fonctions régaliennes étaient centralisées. Mais si les gens veulent accueillir des migrants, cela les regarde. Posons la question à l’échelon local. Si les gens décident d’accueillir des migrants chez eux, tant mieux. Mais pourquoi le faire avec l’argent public, puisqu’il ne s’agit pas d’une mission d’intérêt public ?

Pourquoi ne pas imaginer un système où vous recevriez votre feuille d’impôts avec des cases à cocher ? Par exemple, si vous ne voulez pas payer la redevance, on vous brouille le signal des chaînes publiques…

Cette idée d’impôt à la carte est une idée pour des gens qui paient des impôts. Mais seule une minorité de la population est soumise à l’impôt sur le revenu. Il y a énormément d’impôts qui arrivent par la taxe et là vous ne pouvez pas cocher des cases… Au début du mouvement des Gilets jaunes, j’étais dans une campagne profonde, dans le centre de la France, en plein désert, et je venais chercher une tronçonneuse en révision. Avant moi, quelqu’un discutait avec le mécanicien. La discussion s’est enflammée, parce que le mécanicien expliquait qu’il y avait un projet de loi qui allait interdire les feux dans les poêles à bois et que ceux qui avaient des poêles devraient impérativement acheter des granulés de bois. La différence entre le bois que l’on coupe et les granulés, c’est la TVA… Là encore, on sentait que la révolte n’était pas loin, d’autant plus que tout le monde ne se chauffe pas au fioul ou à l’électricité. On est très loin de l’idéologie écologiste de quelques bobos urbains. Théoriquement, le consentement à l’impôt a été obtenu grâce au sacro-saint principe qui est : pas de taxation sans représentation. C’est-à-dire qu’il fallait une assemblée élue pour décider de l’impôt et de la taxe.

Pour avoir un consentement, ou pour générer une révolte, encore faut-il qu’il y ait des contribuables, or vous rappelez que de moins en moins de gens paient l’impôt, donc une majorité de gens s’en moquent…

Oui, mais la TVA est payée par tout le monde, la taxe sur les carburants est payée par tout le monde et les cotisations sociales sont aussi payées par tout le monde… En effet, on est dans un service d’assurance, on cotise auprès d’un organisme qui est en situation de monopole, ce qui est absolument contraire aux engagements de la France pris au moment de Maastricht où nous devions ouvrir les assurances sociales à la concurrence. Mais c’est bien de l’impôt, puisque c’est un service étatique en situation de monopole. Si l’on veut être tout à fait précis, on peut ajouter que, curieusement, les fonctionnaires qui nous vantent que c’est quelque chose d’extraordinaire, ont leur propre régime qui n’est pas celui de la Sécurité sociale ! C’est donc un impôt et la Sécurité sociale ne délivre pas de soins, puisque c’est simplement un assureur. Le fait que cela soit public fait que les mauvais comportements ne sont pas sanctionnés et que les bons comportements ne sont pas récompensés. On pourrait très bien concevoir un système d’assurance privée obligatoire : ce n’est pas plus difficile que de choisir un forfait téléphonique, avec un choix de jours de maladie en franchise pour certains… Donc, il faut bien comprendre qu’il n’y a aucun service supplémentaire qui est apporté par l’État. Il y a simplement un monopole qui est celui de pomper les cotisations et de les redistribuer !

Ainsi, il ne devrait pas y avoir de révolte fiscale en France, puisque les gens sont déresponsabilisés sur la question des impôts et des taxes…

Revenons à l’échec des Gilets jaunes de la première heure : la révolte fiscale a été, pour le moment, matée par 10 milliards d’argent public. Mais le problème va rester et le problème va devenir très dangereux. Revenons sur le début des Gilets jaunes. En novembre 2018, il y a un budget de l’État, en face il y a des recettes fiscales, mais il y a toujours un trou et c’est de la dette. Les mois s’écoulent, les dépenses sont bien au rendez-vous, mais les recettes ne sont toujours pas au rendez-vous. À partir de là, il y a un déficit surprise, c’est un trou dans la caisse qui commence à grossir et il faut trouver de l’argent rapidement. Il reste la fameuse taxe sur le carburant et c’est ce qui explique pourquoi l’État s’est montré aussi rapide et aussi brutal. En bout de chaîne, il y avait nos Gilets jaunes des zones rurales. La situation a été reprise en main, mais le problème subsiste. L’asphyxie va continuer et il aura toujours quelqu’un pour payer des impôts. Regardez la taxe sur les GAFA !

Justement, Amazon a réagi en faisant payer cette taxe aux entreprises françaises qui vendent sur Amazon…

Mais les entreprises, c’est les gens : soit c’est les actionnaires, soit c’est les salariés, soit c’est les fournisseurs, il y a forcément quelqu’un qui paie !

Vous évoquez le consentement à l’impôt, mais vous apprenez qu’un père de famille est condamné pour excès de vitesse alors qu’il allait rejoindre sa fille handicapée qui venait d’être violée… On peut aussi parler du droit de propriété… Tous les présidents de syndicats immobiliers reconnaissent que le droit de propriété n’existe pratiquement plus en France… Dans ce contexte, peut-on parler de justice tout court et de justice fiscale ?

Non, il n’y a pas de justice fiscale. La seule fiscalité juste, c’est celle qui sert tout le monde de la même façon. C’est une fiscalité qui sert à financer des services et d’abord le respect des droits naturels de chacun, il s’agit de la liberté, de la propriété et de la résistance à l’oppression. Une police qui est au service du pouvoir n’est pas une police qui est fiscalement juste. La police qui est fiscalement juste, c’est la police qui est au service de chacun. La fiscalité juste, c’est la fiscalité qui est au service des droits naturels de chacun, ce n’est pas une fiscalité qui est au service de tel ou tel lobby, d’une idéologie quelconque ou du climat. Votre propriété, c’est votre vie, c’est ce que vous avez légitimement acquis, c’est du temps… C’est ce que nous avons de plus limité, donc c’est un acte grave. Dans ce contexte, l’impôt ne doit pas être décidé d’une façon légère, mais après une réflexion profonde.

Vous intitulez un chapitre : « Enfumage fiscal au CO2 ». Vous prenez des risques en abordant ce sujet…

Partons des Gilets jaunes. On a une fiscalité sur le diesel, c’est très intéressant parce que le diesel, au début c’était bien et, tout d’un coup, c’est devenu mal. Le diesel est entré dans le camp du mal dans les années 2000. Les constructeurs français ont développé une gamme diesel qui s’est très bien exportée au début, mais maintenant on nous dit que le diesel c’est mal. En réalité, tout cela c’est pour lever de l’argent ! On s’est aperçu que l’écologie est un motif qui passait bien auprès d’une certaine génération et d’une certaine population, pas partout, et maintenant on taxe l’utilisation d’un produit parce que c’est mal, on taxe le fait de ne plus utiliser ce produit en développant les énergies alternatives… Et c’est une usine à gaz fiscale qui coûte très cher, qui ne sert qu’une idéologie. Je ne pense pas que la France seule, avec sa fiscalité verte, arrive à faire baisser la température de la planète.

Enfin, vous allez nous parler des sardines…

Il y a l’image de l’ordre spontané en économie : c’est l’ordre qui émerge parce que chaque individu se débrouille, donc il émerge un certain ordre spontané. C’est le banc de sardines qui circule en liberté. Et puis, il y a l’ordre imposé : c’est un technocrate qui a décidé de mettre en boîte les sardines, toutes mortes, puisque, à travers la fiscalité, c’est comme si l’on retirait du sang à l’économie. En matière économique, ce qui marche, c’est le banc de sardines libres et vivantes et, ce qui ne marche pas, c’est la boîte de sardines, c’est-à-dire la régulation.

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