Yves Métaireau : « La vie publique locale m’a apporté beaucoup de satisfactions. »

Le maire de La Baule et président de Cap Atlantique dresse le bilan de son action.

Yves Métaireau, maire de La Baule et président de Cap Atlantique, était l’invité de Yannick Urrien sur Kernews pour dresser le bilan de son action, mais aussi revenir sur sa carrière professionnelle et publique. Certes, Yves Métaireau quitte la vie politique, mais il n’entend pas rester assis tranquillement devant sa télévision. Ses proches savent que, passionné d’histoire, d’économie et de relations internationales, il ne manquera pas d’intervenir dans ces domaines.

Extraits de l’entretien

Kernews : Vous avez confirmé votre décision de ne pas vous représenter, en estimant qu’un nouveau mandat serait celui de trop. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Yves Métaireau : Je ne me sens pas du tout frustré de ne pas être dans le bain de ces élections locales. J’ai été maire pendant 25 ans et, auparavant, 18 ans adjoint avec Olivier Guichard. J’ai eu l’occasion de faire tout ce que je souhaitais pour La Baule et je pense qu’il est temps de passer la main à d’autres qui vont probablement poursuivre, à leur manière, le travail que nous avons réalisé avec les deux maires qui m’ont précédé et qui sont restés chacun 25 ans en poste.

Vous avez eu une vie professionnelle intense, avec de nombreux voyages et parfois des rencontres avec des chefs d’État, puisque vous étiez dans un domaine proche du militaire. Comment êtes-vous entré en politique locale ?

C’est un peu le hasard ou la chance. Dans ma vie, j’ai eu la chance de rencontrer deux hommes  qui m’ont profondément marqué et entraîné dans leur sillage. Le premier, c’était Olivier Guichard, en mai 68, puis en 1971 quand j’ai fait sa campagne électorale pour la mairie de La Baule. Le second, en 1980, Paul Legueu, fondateur d’ACMAT à Saint-Nazaire, qui avait créé un véhicule militaire de base. Lorsque le général de Gaulle a donné l’indépendance aux pays africains, il a créé le ministère de la Coopération pour donner les moyens à ces pays d’avoir une armée et une police indépendante, afin que cette autonomie se passe bien, sans guerres tribales, avec les moyens de la France. Il y a eu une véritable explosion de la vente des véhicules tout terrain qui étaient fabriqués à Saint-Nazaire et l’un d’entre eux est toujours à la présidence de la République à Paris : c’est celui que l’on voit sur les Champs-Élysées chaque 14 juillet.

C’est une sorte de jeep…

On appelle cela un command-car. Ce véhicule avait été commandé par Valéry Giscard d’Estaing après le débarquement de la Légion étrangère à Kolwezi, pour libérer Kolwezi des Angolais. Nous avons vendu énormément de véhicules à ce ministère de la Coopération et cela a fait tache d’huile dans les pays voisins. Ensuite, il y a eu la guerre Iran-Irak, puis des conflits au Moyen-Orient. Ce véhicule, parfaitement adapté au désert, qui avait été conçu à l’origine pour la guerre d’Algérie, est également parachutable, transportable, avec 200 litres d’eau et une autonomie de 1600 kilomètres. Il a eu un succès extraordinaire à travers le monde. J’ai eu la chance d’avoir la confiance de Paul Legueu, qui était un chef d’entreprise à l’ancienne. Il connaissait le prénom de tous ses employés et il demandait à chacun des nouvelles de sa famille. Avec son épouse, c’étaient des gens extrêmement généreux. Ils savaient diriger une entreprise et montrer leur reconnaissance aux gens avec lesquels ils travaillaient.

Cela vous a amené dans les destinations les plus insolites…

Oui. J’ai été un peu partout à travers le monde. J’ai eu la chance de vendre beaucoup de véhicules au Zimbabwe, mais aussi en Arabie Saoudite et plus de 1500 au Maroc à la gendarmerie. Nous avons également vendu des véhicules à l’armée marocaine au moment de la Marche Verte contre les Sahraouis qui voulaient s’approprier le sud du Maroc. J’ai aussi été en Amérique latine, ainsi qu’en Angleterre où j’ai vendu ce véhicule à un groupe prestigieux, les SAS, qui sont probablement les unités combattantes les meilleures du monde. J’ai fait le tour du monde…

Ainsi, vous avez pu rencontrer des chefs d’État…

Oui, le président du Tchad, Hissène Habré, ou le président actuel. J’ai été en Iran avec un ancien compagnon de François Mitterrand. J’ai été à peu près dans tous les pays d’Afrique et nous avons essayé de monter une usine de fabrication de camions en Angola au moment de la guerre entre le parti de l’Unita, soutenu par l’Afrique du Sud, et le parti au pouvoir du président dos Santos.

Avec une telle vie, lorsque vous revenez à La Baule, si vous entendez des gens se plaindre que les poubelles sont vidées le mercredi et non le mardi, cela ne vous amène-t-il pas à avoir une vision différente de la vie locale ?

L’expérience que l’on peut avoir à l’étranger ne fait pas que l’on mésestime ces sujets. Je n’ai jamais eu une attitude arrogante ou prétentieuse à l’égard de mes concitoyens et j’ai essayé de faire la différence entre la vie publique et la vie professionnelle. Même si ma vie professionnelle est extrêmement riche, le fait de s’intéresser aux problèmes des uns et des autres, en essayant de les résoudre, en essayant de faire plaisir aux personnes, cela apporte énormément de satisfactions. Pour être maire, il faut aimer sa ville et il faut aimer les gens qui y habitent. C’est absolument un critère de base pour réussir. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir une ouverture d’esprit sur le monde, tout en ayant une forme de tolérance, savoir diriger une entreprise, savoir se comporter intelligemment et de manière humaine avec les hommes et les femmes qui travaillent avec vous. J’ai beaucoup appris en travaillant dans une petite entreprise privée et je déplore qu’il y ait relativement peu de cadres moyens ou supérieurs qui se jettent dans la bataille, parce que je suis persuadé que la connaissance d’une entreprise et de ses objectifs, y compris la rentabilité, cela doit servir dans une collectivité locale.

Votre stratégie pour La Baule s’est inscrite en complément de celle d’Olivier Guichard. Il a amené ces grandes infrastructures, parce qu’il était ministre, comme le TGV, les routes et les télécommunications, et vous avez prolongé cela à travers la transformation de la ville, comme le 6bis, le marché, l’avenue de Gaulle, l’avenue Lajarrige, Escoublac… Tout cela s’est fait par petites touches…

Oui. Nous avons investi près de 400 millions d’euros en l’espace de 25 ans sur des infrastructures pour transformer l’image de La Baule. Dans une collectivité territoriale, rien ne s’arrête jamais ! Il faut toujours continuer, il y a toujours quelque chose à faire. Olivier Guichard avait réalisé le palais des congrès Atlantia, il a amené le TGV, il a construit quelques écoles… Il avait aussi une vision que je partage : il faut investir. Dans une ville comme La Baule, qui est une ville prestigieuse et connue, il faut investir en permanence. Plutôt que d’avoir des manifestations éphémères, qui quelquefois coûtent très cher, il vaut mieux investir, d’autant plus aujourd’hui où l’argent est peu cher, pour pouvoir moderniser en permanence et donner de l’éclat à la ville. À La Baule, il faut toujours surdimensionner les équipements, parce que nous ne les faisons pas pour une population de 20 000 habitants, mais toujours pour une population moyenne de 80 000 habitants. Cela signifie qu’il faut aussi aller chercher des aides, des appuis et des subventions, et j’ai eu la chance d’être dans une période où les choses allaient plutôt bien. Les aides de la région, du département, de l’État ou de l’Europe ne nous ont jamais fait défaut et cela nous a permis de réaliser tous ces investissements dans des conditions relativement agréables, sans augmenter la fiscalité des Baulois.

Vous êtes-vous projeté dans une vision de La Baule en 2050 ou en 2060 ?

Non, pas à cette échéance : je suis né en 1944, donc 2050 c’est bien loin ! Effectivement, il fallait moderniser et adapter la ville. On dira qu’il faut encore l’adapter à la période actuelle, notamment en ce qui concerne l’environnement ou la circulation, mais il ne faut pas oublier que La Baule n’a pas un territoire considérable et que l’on ne peut pas avoir des ambitions territoriales énormes. On est obligé de rendre La Baule agréable à vivre et de ne pas trop densifier. C’est pour cette raison que j’ai fait une ZPPAUP, qui est devenue une AVAP (Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine). Je n’ai pas le sentiment qu’il fallait avoir un tourisme trop important et l’on voit bien que des villes comme Venise commencent à dire que le tourisme est devenu insupportable. Les touristes doivent être respectueux des endroits. Ils le sont parfois, mais pas toujours. Il m’arrive de voir certains weekends beaucoup de déchets dans la rue, il y a beaucoup de bruit, et j’ai parfois le sentiment que ceux qui nous rendent visite ne sont pas si respectueux de l’environnement que nous leur offrons.

Je parle de cette projection à très long terme dans une perception proche de la paternité : vous pouvez bâcler la construction d’une maison parce que vous êtes pressé d’aller y vivre, ou bien prendre le temps de créer un très beau domaine tout en sachant que vous n’en profiterez pas beaucoup, mais que vos petits-enfants ou vos arrière-petits-enfants vont en bénéficier… C’est finalement la différence entre un président de la République et un roi !

Je vois bien… Il y a l’adaptation au moment, en fonction des moyens que l’on a, humains ou financiers, et puis il y a un territoire dont on sait bien qu’il ne peut pas s’étendre. Ce territoire est autour de la plage, avec des possibilités limitées de construction, dans la partie de la zone de protection du patrimoine. Il est aussi limité dans la partie de la zone inondable et il est également limité dans la partie agricole pérenne. Donc, ce que l’on peut faire, c’est embellir et rendre la qualité de vie encore meilleure. On ne peut pas faire n’importe quoi. Quand on a des projets qui permettraient de renforcer l’activité hôtelière de La Baule, vous avez des associations de défense qui sont là pour vous rappeler que ce n’est pas souhaitable pour elles. La plupart des Baulois ne souhaitent pas non plus qu’il y ait une vision un peu trop chimérique de l’avenir de notre ville. L’avenir de notre ville, c’est autour de sa plage, de sa qualité de vie, autour des réalisations et des gens qui vont y vivre à l’année, et je crois qu’aujourd’hui il y a un bon équilibre entre le cinéma, les restaurants, les animations et les espaces sportifs et culturels. Toute vision qui consisterait à vouloir surdimensionner la ville au profit de nouveaux habitants risquerait de créer des perturbations dans cette qualité de vie que nous connaissons neuf mois dans l’année.

Vous défendez beaucoup le principe de l’intercommunalité, alors que l’on assiste en ce moment à un mouvement de rébellion, notamment au Sénat, indiquant que les économies n’ont pas vraiment été au rendez-vous. Pensez-vous que l’on puisse revenir un jour à l’échelon de la commune ?

Non. Les intercommunalités ont une utilité tout à fait certaine, pour construire une station d’épuration, pour faire une interconnexion pour l’eau potable, pour construire une piscine, pour construire un conservatoire de musique et une salle de spectacle importante (pour parler du Petit Séminaire de Guérande), avec les normes actuelles. Une commune seule ne peut plus y arriver. Tout réside dans l’équilibre : il ne faut pas que l’intercommunalité soit trop importante, il ne faut pas que certains se sentent en dehors et il faut avoir une forme d’empathie et de bonne entente à l’égard des autres maires, à qui vous devez donner la parole, des moyens, et avec lesquels vous pouvez bâtir quelque chose comme ce que nous avons fait à Cap Atlantique. Depuis un an et demi, toutes les délibérations de Cap Atlantique sont prises à l’unanimité : c’est quand même un signe de confiance et de reconnaissance, mais c’est aussi le signe que l’on s’entend bien et que chacun commence à développer un état d’esprit intercommunal. En mettant à la charge de Cap Atlantique toutes les grosses infrastructures, comme l’eau, l’assainissement, les déchets, les transports et les grands équipements, cela a permis aux communes de mieux s’équiper. Il n’y a pas un centre bourg en presqu’île guérandaise qui n’ait pas été refait ou qui ne soit pas fleuri et il n’y a pas une église qui n’ait été retapée… Toutes les subventions passent par l’intercommunalité et il faut avoir une taille qui soit la bonne taille, de façon à ce que tout le monde se connaisse, dans une bonne entente, que la confiance existe et qu’il n’y ait pas un sentiment de supériorité d’une ville trop importante par rapport aux plus petites. Je crois que ce sont surtout les maires des toutes petites communes de l’AMF qui se plaignent parce qu’effectivement, quand ils sont dans le cadre d’une intercommunalité où la ville centre a déjà 300 000 habitants, ils n’ont pratiquement plus leur mot à dire et ce n’est pas une bonne intercommunalité.

Imaginons qu’un historien local évoque l’histoire de La Baule dans un livre en 2100 ou en 2200… Qu’est-ce qui vous ferait plaisir de lire à votre sujet ?

J’aimerais que l’on ait en mémoire que ces 25 ans de mandat ont été finalement les 25 glorieuses de la ville de La Baule, comme nous avons eu les 30 glorieuses à l’époque de Pompidou. Je me suis un peu assimilé à l’époque à Pompidou, en me disant que j’étais le Pompidou d’Olivier Guichard…

On vous reproche parfois une application trop stricte des décisions prises. Par exemple, sur le stationnement payant : tout le monde conçoit cette nécessité pendant la période estivale, mais il y a des protestations lorsque les policiers verbalisent un après-midi du mois d’octobre la voiture d’une personne qui fait ses courses… Sur l’application politique des mesures prises, quel genre de maire étiez-vous avec vos adjoints et collaborateurs ? Étiez-vous interventionniste ou laissiez-vous vos équipes libres ?

Je suis très partisan de déléguer. Mes adjoints peuvent mettre en œuvre une politique, définie par le maire et les adjoints, ensuite ils ont des moyens, puisque j’établis le budget. À partir du moment où j’ai des adjoints en qui j’ai confiance, je leur laisse les rênes libres pour leur permettre de mener à bien cette politique à leur manière. S’il y a des erreurs, on en parle et on revient éventuellement dessus. Mais, de manière générale, je trouve que les adjoints que j’ai pu avoir ont toujours accompli leur mission avec beaucoup de sérénité et avec un acharnement à réussir qui est quelquefois exemplaire. J’aurais tendance à ne pas m’occuper de tout. Je n’aime pas cela, je trouve que ce n’est pas un bon moyen de diriger. Il y a des domaines où, effectivement, certains adjoints ont plus de soucis que d’autres : je pense à l’urbanisme et il m’arrive d’intervenir sur un certain nombre de questions d’urbanisme. Sur d’autres questions, j’ai tendance à leur laisser le libre choix des actions qu’ils ont envie de mener, quitte à revenir dessus si c’est nécessaire, quand on se rend compte que cela ne marche pas aussi bien qu’on l’aurait souhaité.

Qu’allez-vous faire au cours des prochaines années ?

Je n’ai pas encore choisi ce que je ferai. Je resterai à La Baule, bien que j’entende des bruits divers et variés sur le fait que je vais quitter La Baule… J’ai acheté un appartement à La Baule et je resterai Baulois. Je suis arrivé ici en 1949, j’ai été au lycée de La Baule, j’y ai passé plus de la moitié de ma vie et je suis profondément attaché à cette ville et à ce territoire. J’aurai toujours un intérêt pour l’histoire, la géographie et j’aurai peut-être d’autres activités auxquelles je suis en train de réfléchir. En tous cas, j’ai besoin de deux ou trois mois pour me rendre mieux compte de la manière dont les choses qui sont promises aujourd’hui dans le cadre d’une campagne pourraient aboutir ou ne pas aboutir. Je souhaite que les solutions les plus raisonnables d’évolution pour notre ville puissent se faire. Par contre, il y a des projets qui sont susceptibles de m’inquiéter. J’entends des projets de construction à certains endroits qui ne me paraissent pas du tout adaptés à la demande, ou qui vont poser d’autres problèmes, parce que nous avons une ville qui n’est pas extensible, avec peu d’espaces constructibles, et on ne peut pas faire n’importe quoi ou promettre n’importe quoi. Il faut être raisonnable en regardant, non pas avec un œil critique, mais avec un œil compréhensif, les projets qui pourront être faits dans l’esprit d’améliorer la vie de tous nos concitoyens. C’est vrai, le tourisme l’été, à partir de 130 000 personnes, c’est forcément très compliqué à gérer dans une ville qui a été dessinée au début du siècle précédent pour environ 30 000 touristes. Les Parisiens me disent toujours que nous avons vraiment beaucoup de chance de vivre ici et il est indispensable de maintenir cette image. Je n’aurai pas un œil critique, mais un œil bienveillant, si les projets me paraissent adaptés à la ville.


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